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Plateau-télé

EDGAR AND CLYDE - par Robert Lévesque

2012-08-23

   Jamais n’ai-je vu une erreur de casting aussi assumée et finalement pardonnable : Leonardo DiCaprio, l’ex jeune premier (de Roméo en Titanic) qui a pris du galon, choisi par Clint Eastwood pour incarner J. Edgar Hoover, le gros Hoover, le vicieux Hoover, ce parangon de perversité pour lequel, si on l’avait incarné dès les années quarante et cinquante (au mitan de sa carrière de patron tout-puissant du FBI — de 1924 à 1972), des Edward J. Robinson et des Sidney Greenstreet auraient parfaitement fait l’affaire.

    Va pour DiCaprio et bravo les maquilleurs, l’ouvrage est bon et l’acteur versatile (il a été Rimbaud et Howard Hughes !), mais ce qui n’est pas pardonnable c’est le reste, tout le reste, le film de ce partisan avoué de Mitt Romney qui respire l’idéologie républicaine (l’américaine, s’entend, la droite conservatrice, autoritaire et antisociale) et qui, avec un personnage aussi crapuleux que le mythique patron de l’espionnage intérieur américain (à côté de qui le sénateur Joseph McCarthy n’était qu’un amateur, doublé d’un soûlard fêlé), nous concocte un film qui, au bout du compte, même si le biopic se veut critique ici et là, dégage à plein nez la fascination de ce cinéaste de droite pour les qualités d’un tel homme, d’un tel shérif (on ne se refait pas), c’est-à-dire sa puissance, son autorité, et (ô le jeu d’identification) sa longévité…  Quarante-deux ans à soupçonner tout le monde de concupiscence et de communisme…

    Eastwood, dont ce n’est pas la tasse de thé, aurait sans doute préféré que le nouvel héros de son arsenal cinématographique ne traîne pas la réputation d’homosexualité qui lui colle au cul (depuis qu’il est mort), mais le sujet est incontournable (les enquêtes sont là, les livres aussi dont celui, excellent, de Marc Dugain paru chez Gallimard en 2005, La malédiction d’Edgar, un travail autrement plus brillant) et donc, puisqu’il faut faire avec, il glisse à un moment donné un plan rapide sur la main d’Edgar qui empoigne celle de son assistant Clyde Tolson sur la banquette d’une voiture, et à la fin un bisou tendre sur un front ridé qui se tend, avec (à la clé de Freud) une mère ambitieuse et qu’il aime trop et dont il enfilera la robe dès qu’elle sera morte (scène escamotée, alors qu’elle aurait dû être centrale si on avait voulu cerner la bête). C’est de la préciosité d’hétérosexuel homophobe, ces scènes-là. Et dans son effort pour sauver les meubles d’un film ambigu (qu’il voyait aux Oscars, mais qui n’y fut point), Eastwood finit par cuisiner un film d’amour. Pour humaniser le monstre. Oui, un grand film d’amour entre Hoover et Tolson signé par le vieux général Eastwood !

    Un produit commercial de récupération politique exclusivement destiné à tirer les larmes du spectateur au moment des dernières scènes lorsque J. Edgar et son fidèle numéro deux (son cher comparse, Clyde) sont devenus vieux et qu’au coin du feu, après le dîner et une dispute de couple, le terrible Hoover qui a fait espionner et trembler les présidents des États-Unis au sujet de leurs frasques sexuelles (mais qui a épargné leurs mafias politiques en focalisant sa machine sur les méchants communistes étrangers) se fait tout doux comme un toutou. Même si son ami Clyde lui dit ses quatre vérités (tu es un menteur, un malade de célébrité) et que lui, J. Edgar, avoue à son amant (mais rien n’a tenté d’indiquer qu’ils aient couché) que le jour de leur rencontre la sueur qui coulait de son visage ne venait pas des pompes qu’il venait d’effectuer dans son bureau, mais de son émoi de le voir apparaître, lui, de savoir illico et pour toujours qu’il avait besoin de lui, de son amour… Leur amour si secret, qui fit que Hoover voulut sa vie durant connaître tous ceux des autres…

À Super écran, à différentes heures, entre le 23 et le 28 août.
 
Robert Lévesque

La bande-annonce de J. Edgar

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