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HOMMAGE À TONY SCOTT - par Mireille Dansereau

2012-08-23

LES DÉBUTS DE TONY SCOTT

    Diplômé comme moi du Royal College of Art de Londres, Tony avait déjà accumulé une bonne expérience comme directeur photo lorsque nous nous sommes connus à la fin des années 1960. Il tournait déjà beaucoup de publicités pour se faire de l’argent, et il avait toujours des histoires à nous raconter sur son expérience des « vrais » plateaux de tournage.

    Pour entrer dans cette école, nous devions présenter un portfolio. Plusieurs venaient des Beaux Arts, comme lui (il était également peintre), mais on ne parlait pas beaucoup de notre background. Une chose en particulier est restée toutefois gravée dans ma mémoire : son admiration sans bornes pour Performance, le film de Donald Cammell et Nicolas Roeg. Cet enthousiasme pour une œuvre aussi hors-norme et son admiration pour l’innovation esthétique est peut-être reflétée le plus justement dans son long-métrage, le sous-estimé The Hunger.

    Tony était le seul roux de notre classe. Il était toujours de bonne humeur et plein d'énergie. Il avait toujours l'air d'être « entre-deux », d'aller travailler ou de revenir de travailler. Je me souviens qu'au début, je ne comprenais pas bien son accent anglais « cockney », alors que je pensais être parfaitement bilingue.

    En 1969, lorsque j'ai décidé d’écrire et de réaliser Compromise, mon deuxième court métrage, j'ai demandé à Tony d’en être le directeur photo.  Le film était tourné en anglais, avec un point de vue féminin et nationaliste. Ce que j’ai particulièrement apprécié de Tony, c’est qu’il était totalement à l’écoute du film que je voulais faire, sans aucun préjugé ou réserve.  La même année, il tournait d’ailleurs son premier court, sans que je le sache: One of the Missing. Ce film faisait preuve d’un magnifique travail de caméra, et comportait de superbes éclairages brumeux sur des visages frôlant la mort. Le tout sur un sujet très masculin: la guerre civile américaine.

    Nous avons tous deux soumis nos films au même festival étudiant organisé par le journal The Guardian. À ma grande surprise, j'ai gagné le premier prix et Tony le deuxième. La même année, j'ai fait Forum, un film avec le Living Theatre « FORUM », de nouveau avec Tony, qui a travaillé une nouvelle fois avec la même générosité. Sur ces deux films, son éclairage était au plus simple, sans affectation, avec une qualité de noir et blanc exceptionnelle.

    J'ai essayé de le recontacter, sans succès, lors d'un passage à Los Angeles où j'allais présenter un de mes films dans les années 1980. Son agent m’a dit qu’il était parti au Mexique. Je me souviendrai toujours de lui comme d’un directeur photo inspiré, qui m’a aidée à croire en moi comme réalisatrice.

Mireille Dansereau, cinéaste, Montréal le 21 août 2012.

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