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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

PERDUS DANS LA BRUME

2012-08-23

    432 films. Soit 212 longs, 16 moyens et 204 courts. Comme s’il fallait s’en réjouir, comme si c’était une bonne nouvelle. 432 films en 12 jours, une pêche annoncée comme si elle était miraculeuse par le 36ème Festival des Films du Monde (23 août – 3 septembre) qui visiblement ne croit plus depuis longtemps que trop de cuisiniers peut réellement gâcher la sauce. Bien sûr, ouvrir les yeux du public festivalier sur ce que l’on appelle délicatement les « cinématographies nationales » (80 pays sont mis à l’honneur cette année), celles que le FFM s’est toujours données pour mission de défendre, celles qui trouvent rarement de la place sur les écrans pour y accueillir leurs fiers représentants, est en soi un objectif noble et défendable. Mais en décourageant ses spectateurs d’avance, les mettant face à un Everest de pellicule (tiens, une idée pour leur prochaine catastrophique affiche?), le FFM ne rend service ni à la curiosité des spectateurs, ni, encore plus important, aux films eux-mêmes qui se retrouvent nécessairement noyés dans la masse.

    Peut-être encore plus cette année, d’ailleurs, où un simple survol de la programmation permet de constater que 2012 ne sera pas l’année des grands crus. Aucune locomotive entraînant dans son sillon des films plus fragiles ou des premiers films qui mériteraient le détour. Aucun film majeur ouvrant la porte aux plus mineurs. Aucune réelle friandise qui donnerait envie de plonger le bras entier dans la boîte à bonbons. La quantité n’y fait rien si la qualité n’y est pas.

    Du film d’ouverture, la pochade chinoise Million Dollar Crocodile sacrifiant à une des rares coutumes du FFM de présenter un film québécois en ouverture (Bernard Émond ou Anaïs Barbeau-Lavalette dévoileront ainsi plutôt leurs films au prochain Festival de Toronto) à celui de clôture (une comédie romantique de James Huth, avec Sophie Marceau et Gad Elmaleh qui divertira probablement les foules dans les avions low-cost dès janvier prochain), en passant par la composition du jury (Greta Scacchi, Véra Belmont, Michel Côté, Kim Dong Ho, Andrei Plakhov, Goya Toledo et Wang Xueqi), rien ou presque pour accrocher des étoiles dans les yeux des cinéphiles ou les faire baver d’envie devant le festin promis qui risque fort de davantage ressembler à un all-you-can-eat de dernière fraîcheur….

    Une compétition de 17 films, au milieu de laquelle seuls le québécois Claude Gagnon (Karakara), le français Safy Nebbou (Comme un homme) et le suédois Jan Tröell (The Last Sentence) semblent capables de susciter un tant soit peu de désir (pour le reste : seconde guerre mondiale, dépression, suicides, familles dysfonctionnelles, veuvage, criminalité, faites vos choix), des premiers films vendus par paquets de vingt sans accompagnement ni mise en valeur ou une section hors concours où l’on peut s’amuser un peu plus (Allouache, Konchalovsky, Ruiz, Le Ny ou Schlöndorff y voisinent avec le documentaire Liv et Ingmar ou le collectif 7 jours à la Havane)… oui, on pourra toujours trouver au FFM de quoi nourrir sa faim. Sur le lot si immense, le contraire serait tout de même un comble. Mais reste tout de même le sentiment aussi fort que désolant de voir un Festival mettre, sans trop y songer, tous ses œufs dans le même panier sans réussir ni à voir, ni à capitaliser sur ce qui pourrait réellement constituer sa force.

    Comme sa section courts métrages, elle aussi monstrueuse, elle aussi gargantuesque, mais qui, avec un travail soigné et en imaginant qu’elle devienne l’unique objet de l’affection de l’équipe du FFM, pourrait devenir ce coffre à trésors que nous rêvons tous d’ouvrir. Les trois exemples animés qui nous ont été mis sous les yeux cette année le prouvent, soit MacPherson (choisi pour accompagner le film d’ouverture), dans lequel Martine Chartrand (Âme noire) évoque en peintures sur verre animées la rencontre poétique et touchante entre Félix Leclerc et le chimiste jamaïcain Frank Randolph Macpherson dans les années 30, le superbe Banquet de la concubine où Hefang Wei se plonge avec une délicatesse, une sensualité et une élégance raffinée rares dans la Chine de l’an 746 – tous deux feront partie de la compétition mondiale – ainsi que le très amusant et inspiré Merci mon chien, regard tendre, dynamique et sépia de Julie Rembauville et Nicolas Bianco-Levrin sur une famille qui semble avoir oublié l’essentiel.

    Choyés, couverts d’égards comme ils le méritent, ces films pourraient être l’argument numéro un d’un Festival en perte de vitesse, apparemment incapable de redresser la barre. À lui de voir s’il accepte de changer ses mauvaises habitudes.

Pour les horaires et index du 36eme FFM

Bon cinéma

Helen Faradji

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