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DE LA VIE À TORONTO - par Robert Lévesque

2012-09-06

    « Nous irons à Toronto en auto ». Comme dans la chanson de Trenet, Luc Perreault et moi partîmes un bon matin de l’automne 1974 dans sa japonaise pour aller couvrir (j’étais à Québec-Presse, Luc à La Presse) une semaine de cinéma dans la Ville-Reine. À l’époque où, vue du Québec fervemment nationaliste, elle avait mauvaise réputation, la Ville-Reine, les bars qui ferment tôt, l’ennui fait ville… Avant la création du Festival of Festivals en 1976. Nous avions alors connu, Luc et moi, le fameux Gerald Pratley (1923-2011), pilier de la cinématographie ontarienne, grand bonhomme, cinéphile jusqu’au bout des yeux… Mais je ne me souviens pas des films que nous avions pu y voir…

    Plus tard, c’est en train que je me mis à aller au Festival of Festivals. Après le référendum de 1980, on se moquait de moins en moins de la ville qui ferme tôt. Une première comparaison d’envergure s’imposait alors entre ce festival offrant les crus des autres festivals et celui dit des films du monde : le dynamisme, l’humanité, le savoir-vivre, l’ouverture d’esprit, l’intelligence et la gentillesse de ses directeurs Helga Stephenson puis Piers Handling qui, avec des programmateurs allumés, et sympas, et Henri Béhar à l’animation des conférences de presse, faisaient de ce festival un organisme vivant et vivifiant. Alors que celui de Montréal, demeurant sans partage aux mains du fondateur-dictateur Losique (sa lady Cauchard, le chambellan Richard Gay rendant mornes toutes conférences de presse), commença peu à peu à sentir la boutique aux dumpings, l’affaire louche, les achats de films sans discernement, avec tentatives répétées d’exclusions de critiques qui ne marchaient pas au pas…

    Le premier FFM, ce FFM des années 80, inauguré avec les frères Taviani (Padre Padrone) et où Gloria Swanson était apparue tout juste avant de mourir, est mort depuis longtemps. J’avais écrit une chronique à ICI il y a quelques années en titrant « Losique est mort » et le macchabée ne m’avait pas poursuivi, lui qui pourtant tenta de le faire souvent quand j’étais au Devoir, mais refusant les invitations de Radio-Canada de venir débattre de sa manière de mener un festival. Manière autoritaire et solitaire, méprisante, sans rien déléguer, têtue, avec pour seule excuse sa soi-disant cinéphilie alors qu’il engrangeait des stocks de navets magasinés à la pelle.

    À Toronto, ça fait plus de vingt ans que le festival, devenu le TIFF, a non seulement éliminé du jeu le FFM (le meurtre eut lieu en 1990), mais qu’il est devenu l’un des rendez-vous majeurs et exemplaires de la planète cinéma. Ce festival à plusieurs têtes a déjà une grande histoire quand le FFM n’a plus que des cadavres, vieilles anecdotes pourries, gaffes, désorganisations, accueils inexistants, lauréats impayés et public soumis. Ce qu’il faudrait au FFM, c’est qu’une presse cinématographique digne de ce nom cesse définitivement d’en rendre compte tant que son capitaine à la triste casquette s’y accroche au mépris de la vie du cinéma, au mépris de la grandeur du cinéma. Car le FFM est devenu le Festival des films du mort !

    De Toronto, où je ne vais plus, j’ai de merveilleux souvenirs, comme cette fois où je marchai si longtemps, traversant un pont, pour finir par trouver ce cinéma excentré où l’on présentait My Own Private Idaho; ce matin du visionnement de C’est arrivé près de chez vous dans une salle en sous-sol qui se vida de moitié quand moi, estomaqué, grisé, je n’en croyais pas mes yeux; la fois où Claude Chamberlan m’intima l’ordre d’aller voir Roger and Me dans une salle pleine à craquer et que je regardai ce film debout avec à mon côté un type qui se bidonnait et qui s’avèrerait être Michael Moore (qui depuis a bien mal tourné…); la conférence de presse matinale arrosée de Norman Mailer dans un bar de la rue York pour Les vrais durs ne dansent pas;  Faye Dunaway qui me frôla en passant devant moi après la projection de Barfly… 

    Grâce à ARTV, on aura une lucarne sur le Toronto International Film Festival (TIFF). On y diffuse un magazine animé par Mathieu Dugal et Émilie Perreault le 14 septembre à 19h30, le 15 à 9h, 11h et 15h, le 16 à 14h et 18h, le 17 à 11h et 20h, et le 20 à 15h.

    P.-S. : Sur TFO le 12 septembre à 21 heures, Tulpan, le suave film kazakh de Sergey Dvortsevoy qui remporta la Louve d’or au Festival du nouveau cinéma en 2008. Un vrai festival, celui-là. Qui devrait suffire.

Robert Lévesque

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