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FESTIVAL DE TORONTO - JOUR 1, par Helen Faradji

2012-09-06

LE DÉBUT DE LA FIN

    Il y a quelque chose d'imposant au Festival de Toronto. Quelque chose de massif, d'énorme, de déstabilisant. L'immense TIFF Bell Lightbox, élégante tour toute de verre, de lignes pures et de béton, grouille comme une ruche, de gentils bénévoles en t-shirts fluos aidant patiemment les journalistes hagards devant tant de choix, de salles, d'options.

    Il y a sûrement ici autant de festivals que de festivaliers. On peut y courir les tapis rouges, chercher la vedette (elle est là, et en nombre), rattraper les films cannois (juste aujourd'hui, les journalistes pouvaient faire bombance: Like Someone in Love, De rouille et d'os, Amour, In another Country, Après la bataille, Laurence Anyways, The Hunt, Antiviral, On the Road, Au-delà des collines, In the Fog... ils étaient tous là!), chercher la pépite (on murmure ici qu'elle pourrait bien s'appeler Tabu de Miguel Gomez, mais les premiers jours de festival débordent toujours de cet enthousiasme enfantin qui retombe parfois vite - on vérifiera), ou tout simplement aller là où son coeur nous porte, vers la première présentation d'Argo de Ben Affleck

    Passons sur les violons d'Alexandre Desplat, décidemment le compositeur du moment (plus une scène qui ne soit noyée sous ses violons dégoulinant, son lyrisme d'opérette, ses partitions à la majesté pleine d'esbroufe). Passons sur les gros sabots de Ben Affleck, trempant sa caméra dans l'excès pour souligner chaque mini-instant de suspense, jouant du montage parallèle avec la délicatesse d'un 38-tonnes mais réussissant néanmoins un travail intelligent, artisanal, à l'ancienne. Passons encore sur l'histoire même, passionnante, et tombée dans le domaine public depuis 1997 seulement, de l'enlèvement de 6 Américains à Téhéran en 1979, cachés ensuite par l'ambassadeur canadien puis exfiltrés par la CIA sous l'identité d'une fausse équipe de films.

    Passons pour mieux penser à ce film comme une réponse hollywoodienne au No de Pablo Larrain (que le TIFF présentera ici demain) qui évoque le référendum tenu en 1988 par Pinochet pour demander au peuple le droit de rester encore au pouvoir. Car Argo, autant que No, font cet étrange geste de regarder en arrière - les années 80 - pour mieux y cerner deux hommes seuls (un publicitaire chez le Chilien, un espion chez l'Américain) créant une fiction de toutes pièces pour mieux mettre les images au service d'une cause noble et juste. Une façon maligne et profonde de réflechir à cet étrange moment où tout a basculé, où tout s'est mélangé (réel/fiction, actualités/spectacle), où tout a dérivé au nom de ce principe gênant: la fin justifie les moyens.

    L'Amérique et le Chili unis pour mieux révéler une nouvelle tendance de cinéma (on pourrait même, peut-être, y ajouter le Laurence Anyways de Dolan qui à sa manière, évoque aussi ce chaos qu'on ne saurait voir en le cachant sous les jupons bien épais du spectacle et de la flamboyance), celle qui, après avoir plongé dans la décadence légère et amusante des années 70, revient sur les années 80 pour mieux comprendre le début de la fin? Il faut bien un festival de cinéma pour penser à ça.

    À demain pour d'autres liens improbables, qui sait, entre Ken Burns et Olivier Assayas?

Helen Faradji

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