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TIFF, JOUR 2: LES MONDES S'ENTRECHOQUENT - par Helen Faradji

2012-09-07

AU COEUR DU POLITIQUE

    Harmony Korine, Stéphane Brizé, Olivier Assayas. A priori, rien de plus différent que les univers de ces trois cinéastes. A posteriori, aussi... Même si au royaume du TIFF, les liens improbables restent rois.

    Sur Springbreakers (H. Korine), dont les horaires torontois déments ne nous auront permis de voir qu'une demi-heure (mais quelle demi-heure!), il nous faudra revenir. Mais quelques minutes auront pourtant suffi à voir dans cette odyssée au coeur de la jeunesse trash paumée et ultra-violente, regardée par répétitions, ellipses et autres douceurs (on pense à Malick, au Van Sant d'Elephant) un morceau de cinéma sacrément emballant. Aux dires d'un de nos collègues torontois de Cinemascope, croisé à la sortie de la projection, Springbreakers serait le "Tree of Life des douchebags"! Inutile de préciser que l'envie de s'y replonger et dans les grandes largeurs est désormais absolue

    Du côté de Brizé (Mlle Chambon), la référence est toute aussi forte. Car devant cette rencontre entre un fils sorti de prison et une mère mourante que le cinéaste français orchestre toute en retenue et en ultra-sobriété, c'est évidemment Amour qui vient en tête. Mais un Amour des pauvres, sans puissance ni subtilité. Un Amour qui surexpliquerait tous ses enjeux, malgré la présence, charismatique et émouvante, d'Hélène Vincent et Vincent Lindon, malgré sa mise en scène élégante et souvent d'une belle finesse. Brizé n'est pas Haneke, certes, nul besoin d'avoir vu son dernier film pour le savoir, mais on aurait aimé que son Quelques heures de printemps ne se contente pas des évidences, ne s'en sorte pas par une pirouette émotionnelle aussi lisible et ne tombe pas aussi facilement dans le cliché de la simplicité condescendante (les gens modestes ne savent pas parler des choses profondes, tout cela les dépasse, et seule l'inéluctable fin peut apporter l'apaisement....). Un film sans larme et sans fusil...

    Quant à Assayas, attendu au tournant après son définitif Carlos, c'est à la fois le meilleur et le pire des deux mondes cités plus haut qu'il délivre. Le pire, car son odyssée au coeur de la jeunesse post-68 (nous sommes près de Paris en 1971) se mêle souvent les pinceaux entre émois et amourettes à la Téchiné première manière et engagement politique révolutionnaire aux enjeux très, trop clairement identifiés. Le meilleur car sa sincérité (Après mai ne cache pas ses aspects autobiographiques), sa mise en scène précise et vive et son regard sur le rôle de l'art dans la découverte de soi et du monde qui nous entoure parviennent à passionner plusieurs fois. À un point même qu'on soupçonnerait volontiers Après mai d'être un peu trop dense pour son propre bien. Entre révoltes ouvrières, fantasme du Londres hippie, débats de cinéma sur l'utilité d'une forme révolutionnaire, agressions, avortements et fleurs dans les cheveux, le film finit par se mordre la queue de vouloir lui-même tout dire. Mais force est de donner sur ce point raison à Assayas: comment pouvait-il réellement parler de l'adolescence dans les années 70 sans être effervescent?

    Demain, ce sera une autre paire de manche. Cloud Atlas et The Master nous attendent, comme ils attendent tous les journalistes réunis ici et qui ne cachent plus leur impatience, sacrant ces deux films, avant même de les avoir vus, champions putatifs de l'année. À suivre, donc.

Helen Faradji


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