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TIFF, JOUR 3: ACTEURS, MES AMOURS - par Helen Faradji

2012-09-08

DE LA RESPONSABILITÉ

    Avant d'entrer dans le vif (et trempé - il pleut à Toronto et le festivalier enrhumé perd patience) du sujet, un léger coup de gueule. D'accord, le TIFF accueille autant de films que possible et sans la pression d'une section compétitive, peut donc se permettre d'aligner énormes canons et petites choses fragiles à découvrir. De là à programmer n'importe quoi ou presque, il n'y a qu'un pas que le documentaire How To Make Money Selling Drugs (pas d'arnaque, tout est dans le titre) de Matthew Cooke nous a fait franchir aujourd'hui. Producteur du puissant Deliver Us from Evil d'Amy Berg et de l'étonnant Teenage Paparazzo, ici à sa première réalisation, Cooke enchaîne entrevues avec d'authentiques dealers de coke et de pot (dont l'ineffable 50 Cents), expliquant, hilares, leur parcours tandis que ralentis, accélérés et autres incrustations d'écran complaisantes assaillent le pauvre spectateur qui n'en demandait pas tant. Se faisant prendre au piège de sa propre soi-disant ironie, le documentaire finit surtout par agacer et faire prendre conscience que la responsabilité morale et éthique des cinéastes ferait bien, parfois, d'être aussi au coeur des débats.

    De responsabilité morale, il n'est pas question dans la démarche de Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood). Mais de responsabilité narrative, probablement. Pas que l'immense réalisateur (personne n'en doutera plus après The Master, exploitant glorieusement le grain si particulier du 70mm, ses couleurs chaudes et cette impression qu'il nous donne d'être directement assis à table avec ses acteurs) se fourvoie dans cette chronique 50's de la création d'un mouvement spirituel aux pratiques douteuses, mais plutôt qu'il semble gêné aux entournures par son propre sujet. Toute ressemblance avec une certaine Église y étant parfaitement voulue, The Master ne parvient en effet jamais réellement à transcender son sujet, à le transformer en mythe (fondateur ou non) d'une certaine idée de l'Amérique. Bien sûr, on pourra toujours voir dans les deux personnages principaux (le leader charismatique et son disciple vétéran et alcoolique) deux versants contradictoires et complémentaires d'une certaine idée de l'Amérique (la violence/la manipulation, la simplicité/la paranoïa, la réussite poudre aux yeux/l'impossible retour à la réalité après la guerre, etc...) mais on sent constamment ce Master trop au coeur du cyclone pour réellement savoir quoi en dire, pour parvenir à être visionnaire. Restent néanmoins cette mise en scène, sublime, opératique, rappelant tant l'approche concrète d'un Elia Kazan (une scène en particulier évoque son Sur les quais, Phoenix jouant d'ailleurs en ces premiers instants de film de sa ressemblance troublante avec Brando) que celle, plus émotive et crue d'un Otto Preminger, et ces performances parfaitement impressionnantes de Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix, tous deux admirablement servis par un film dont on sent nettement qu'il a aussi été pensé comme un terrain de jeu pour eux.

    Michael Mann et son jury, à Venise, ne s'y sont pas trompés et ont récompensé les deux hommes. Impossible, en réalité, de faire autrement. Sur le prix du scénario remis à Olivier Assayas pour Après mai, dont nous vous parlions hier, on reste par contre davantage sceptique. Mais ainsi vont la vie, et le cinéma, de surprise en surprise.

   De retour demain pour une dernière journée où se croiseront les Wachowski, Whedon et de Palma (quelques collègues torontois croisés ici nous ont néanmoins prévenus en poussant cette exclamation "the horror, the horror...") pour un menu aussi varié que probablement cohérent.

Helen Faradji

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