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TIFF JOUR 4, UN DERNIER POUR LA ROUTE - par Helen Faradji

2012-09-09

ADORABLES FOUS

    Les festivals ont ceci d'admirable qu'ils suscitent, parfois sans le savoir, d'incroyables résonances thématiques. Et celle de notre dernière journée aura assurément été placé sous le signe de la folie, merveilleux terrain de jeu exploré avec une tendresse inattendue par deux cinéastes pour le moins différents.

    Bien sûr, c'est aussi de folie dont l'on peut parler devant Cloud Atlas, sommet de crétinerie kitsch, mêlant sur plus de 2h45 philosophie de comptoir (rendez-vous compte, l'amour c'est bien, les guerres c'est mal), maquillages faits sous acides (entre les pustules de Susan Sarandon et le pauvre Hugo Weaving déguisé en Mrs Doubtfire de seconde zone, les crises d'hilarité sont fréquentes), références trop flagrantes pour être honnêtes (Matrix, évidemment, mais en version botoxé, Trainspotting, Lord of the Rings, Star Trek, Amistad: le pire et le meilleur y passent), voyages dans le temps sans aucun intérêt sauf d'avoir offert la traite à un monteur visiblement sous acide... Mais d'une folie à oublier. Non, vraiment, de cette réunion entre Andy et Lana Wachowski et Tom Tykwer dont on espérait autre chose, on préférera sincèrement penser à un égarement passager (mais quel égarement!) qu'à une folie à partager. Reste néanmoins qu'on est en droit de se demander devant cette montagne d'inepties so bad it's almost good, comme disent les festivaliers branchés, où était passé la santé mentale de tout ce beau monde...

    De folie, il est encore question devant Room 237, documentaire star du circuit festivalier depuis quelques mois, signé Rodney Ascher et donnant la parole, en off, à de véritables cinglés de l'oeuvre de Kubrick et en particulier de The Shining tandis qu'à l'écran, leurs propos sont illustrés avec un sens de l'ironie consommé par des images tirés des films du maître ou d'autres oeuvres. Des images subliminales prouvant que le film est une ode aux fantômes avides de sexe aux preuves absolues que le film est une critique virulente de l'Holocauste (imaginez, le chiffre 42 s'y retrouve sans cesse) ou du génocide indien (derrière le pauvre Jack, on voit nettement des boîtes de conserve Calumet!) ou encore même que les images bien réelles de l'arrivée sur la lune sont celles de Kubrick (mais oui, Danny porte un chandail où est tricoté une fusée Apollo, bon sang, mais c'est bien sûr), les théories les plus farfelues mais aussi les plus sérieuses y passent. Pourtant, au-delà de l'apparente folie de ces crackpots, Room 237 est surtout fascinant par le cours de décryptage d'images qu'il offre (rarement aura-t-on vu d'analyses plus précises, plus fouillées) mais également par l'absolue passion pour le cinéma qui s'en dégage. Et qui aime le cinéma, surtout à la folie, ne peut au fond qu'être un bon bougre.

    Un bon bougre épris de folie, voilà peut-être comment on se mettra désormais à penser à David O'Russell dont le Silver Linings Playbook aura conclu nos festivités de fort belle façon. Soyons honnêtes, les premières minutes font peur: la maladie mentale (Bradley Cooper y joue un bipolaire revenu vivre chez papa-maman à Philadelphie), le sport, la banlieue, la famille matriarcale. Le copié-collé de The Fighter s'annonçait, Cooper y remplaçant, sans bonheur ni épaisseur, l'intense Christian Bale. Mais rapidement, le film s'envole sur la voie de la tendresse, de l'humour et de la chaleur humaine réussissant un improbable mélange des genres, s'amusant à nous perdre sur la voie d'un Rain Man nouvelle version rencontrant un Dirty Dancing du pauvre. O'Russell s'engage sur une nouvelle voie, celle d'une folie douce, probablement passagère, où l'on prend un plaisir à se perdre avec lui. Un authentique feel-good, viril et sensible, mal foutu et tendre, qui ne se perd pas dans les méandres du sentimentalisme mais fait de deux paumés sacrément authentiques nos guides dans cet univers naturaliste, émouvant, drôle, sincère. Sans être nullement le film de l'année, il faudrait être fou pour ne pas accepter de se laisser prendre à son jeu. Au moins un peu.

    Dans le train qui nous ramène à la maison, nous achevons là ces aventures torontoises en constatant que finalement, c'est encore avec les fous les plus assumés qu'on est encore en meilleure compagnie

Helen Faradji

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