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FNC, JOUR 1 - par Serge Abiaad

2012-10-11

FESTIVAL DE SAOULS

    Il y a un an, jour pour jour, au festival, le cinéphile montréalais découvrait La guerre est déclarée de Valerie Donzelli, un film qu'un million de Gaulois avaient vu avant lui. Il y avait dans l'air un étrange sentiment de bâtardise suite à cette ouverture au goût très posthume. Le festivalier se sentait doublement rabaissé. D'abord par ce sentiment d'infériorité (à l'image du dernier à être choisi sur le terrain de foot) et par la jouissance qu'il éprouve envers ce qu'elle le limite à appréhender (on avait l'impression qu'un lapin nous avait été posé avant d'aller tous à l'Agora pour se consoler entre cocus). Le sentiment de découverte d'un film d'ouverture - un film qui dresse le signe sous lequel le festival a choisi d'ouvrir ses ailes - n'était pas partagé cette année-là. Mais cette année-ci, par contre, c'est une tout autre histoire, car le public rentre par la petite porte d'une grande salle. La porte est celle de La mise à l'aveugle, le nouveau film de Simon Galiero (après Nuages sur la ville primé au FNC en 2009) et la salle, celle du grand  Théâtre Maisonneuve.

    1400 sièges, salle à peu près comble. Après un sympathique discours (plutôt texte)  du directeur du festival Nicolas Girard Deltruc qui créa la connivence en lançant quelques vannes à Harper pour ses coupures dans le domaine du beau, suivi une présentation diplomatique de Maka Kotto, nouveau Ministre de la culture et fin communicateur qui rabâchait un slogan élogieux, entre sincérité et obligation et qui tendait plutôt vers la com' que la culture. Puis un discours déconcertant de Claude Chamberlan qui mélangeait le privé et le public nous rappelant encore et toujours que la cinéphilie est une question d'appartenance, une secte, le rendez-vous d'une grande famille prosaïquement incestueuse, avant les quelques mots simples, justes, humbles de Simon Galiero (heureusement) qui remerciait le public d'être venu voir ce « petit » film, car Galiero est de ces artistes qui n'ont franchement rien a cirer des paillettes, des sourires frénétiques et des feux de la rampe convoités.

    Ce soir je ne fais pas le critique. Fièvre, fatigue, alcool oblige. Très bon film tout de même sur lequel on aura sans doute l'occasion de revenir prochainement.

    Et puis cette soirée à l'Agora… où personne ou presque ne parlait du film. Pourtant, au Québec, on se tait quand le film est nul, deux degrés de séparation obligent… Quand il est médiocre, on dit qu'il n'est pas mal et quand il est correct, on crie au chef-d'œuvre. Le film de Galiero, il était vraiment très bon. Mais il ne faut pas oublier qu'un festival est un lieu de sacrilège ou se monnaie la parole divine et incantatoire, où chacun y va de son manichéisme mal instruit, où l'humeur est tendancielle et où l'on peut détester un film pour plaire et le trahir pour contrer. Un festival, c'est le chantre de la barbarie critique, où le mensonge de l'un est la vérité de l'autre et où l'on se poignarde pour le mot de la fin alors qu'il n'y pas encore eu d'entame. Un festival, c'est la version moderne de la tour de Babel, le lieu de la discorde mièvre, grivoise. Il vaut mieux haïr pour les bonnes raisons qu'aimer pour les mauvaises et au FNC, il y a malheureusement trop d'amour… et de cocus.

    Demain je consomme modérément et je recommande deux films. À commencer par l'ouverture de la rétrospective Philippe Grandrieux avec Retour à Sarajevo, un voyage entre Split et Sarajevo au lendemain des accords de Dayton, tourné avant Sombre, la première incursion dans la fiction du cinéaste français (faites un détour par nos amis et collègues de Hors champ qui ont publié un excellent et corpulent dossier autour de l'oeuvre de Grandrieux). À voir aussi absolument, l'implacable Blue Meridian de Sophie Benoot, un film sensible et contemplatif qui dresse, à travers le témérité et la foi des survivants d'un ouragan en Louisiane, le constat d'une Amérique profonde aux prises avec son histoire, ses mythes, son conservatisme, son conformisme, son radicalisme religieux, et son passé sectaire. Le film trouve une résonance particulière au moment où le monde entier, expérimente la fragilité de l'économie et ses conséquences. Mise en scène à la fois clinique et sensible, distante et rapprochée, qui donne la parole sans l'imposer. Donner la parole sans l'imposer, peut-être une leçon pour nous tous, festivaliers. Allez, consommez bien, il y a de quoi.

Serge Abiaad

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Vos réactions (2)

  1. J'hésitais entre les deux oeuvres et votre article rend encore plus douloureux mon choix: les deux films jouent en même temps!

    par Pat_C, le 2012-10-11 à 11h50.
  2. Merci de révéler cette ubiquité. J'irai avec le Grandrieux comme il ne passe qu'une seule fois. Blue Meridian repasse le 13 à 17:30. Mais là encore il sera dans l'ombre de la Master de classe de Philippe Grandrieux.

    par Serge Abiaad, le 2012-10-11 à 12h16.

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