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FNC, JOUR 4 - par Apolline Caron-Ottavi

2012-10-14

    On avait prévu de voir ce samedi Post Tenebras Lux ou Neighbouring Sounds, In another country ou le dernier Wang Bing, le Ken Loach ou le Vinterberg… Et finalement, rien de tout ça. White Epilepsy de Philippe Grandrieux a fait son chemin, doucement, quelque part entre le texte d'hier et l'horaire de ce matin. C'est devenu un samedi Grandrieux.

    Dommage pour le cinéphile averti qui connaît déjà son œuvre de fond en comble, ou pour le cinéphile frénétique qui désirait trouver un panel varié de propositions dans ces pages. D'autant que les films de Grandrieux ne passent qu'une seule fois au FNC, et qu'il faudra attendre sûrement quelques années pour les revoir en salle (et n'essayez pas de les voir autrement qu'en salle…). Mais voilà. Les festivals offrent aussi l'occasion de combler ses lacunes, de découvrir les cinéastes que l'on a jusque là toujours négligés (évités sans trop savoir pourquoi : par préjugé et par respect à la fois, par anticipation d'un choc ou par peur de se noyer dans la masse de ses admirateurs).

    Finalement faire entrer Sombre dans sa vie. Et tomber de son siège. Dès les premières minutes, se prendre le film en plein ventre, retrouver au fond de nous un état primitif de terreur béate, et retenir son souffle. Impossible de décrire le film ou même de dire ce que l'on a éprouvé. Les plans obscurcis, le rythme, l'absurdité,  la musique ou les souffles, la charge émotionnelle de chaque geste (ceux du cinéastes, ceux des acteurs, ceux de la vie). Sortir fragilisé et sans mots.

    Repenser à White Epilepsy et mieux le comprendre : l'abstraction des corps déjà déformés, malmenés, aimés aussi, de Sombre, leurs mouvements d'insectes, de vers, d'animaux. Leur humanité, malgré tout, surtout. Se dire que ce cinéma est tout sauf « trop pensé pour être physique », comme on l'écrivait hier. C'est un cinéma concret, simple, intuitif, qui se nourrit directement de l'énergie vitale de ce qui est devant la caméra (les acteurs, les lieux, les paysages, les rapports de force). Ce qu'a confirmé la classe de maître de Grandrieux : deux heures sidérantes d'intensité. En plus d'être sympathique, le type est très drôle. Il vous parle avec ses mains, parfois des onomatopées, avec une énergie intarissable, en état de tension permanente, « aux aguets » comme il dit. Un mot revient souvent dans la bouche du cinéaste : ce sont les acteurs, les lieux, le corps, les gestes (y compris celui de porter la caméra), qui lui « donnent accès » à son propre film. Ça a aussi parlé d'Artaud, de Bacon, de Cassavetes. De rapports plutôt que de raccords.

    Enchaîner avec Un lac et s'ennuyer. Être déçu de ne pas sentir à nouveau le séisme de Sombre. Mais se dire que c'est aussi ce qui est passionnant dans le cinéma : prendre et laisser, comprendre ou non, faire une rencontre ou passer à côté.

    On a très hâte de voir La vie nouvelle, aujourd'hui à 21h15.

    Mais il y a aussi Kiyoshi Kurosawa, Alain Resnais, et tant d'autres.

Apolline Caron Ottavi

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