Format maximum

Blogues

FNC, JOUR 7 - par Bruno Dequen

2012-10-17

CRIS DU COEUR ET TABOUS

    L’avantage des files d’attente, c’est qu’elles permettent de réfléchir sur l’expérience même d’un festival de films. Lundi soir, le retard de la séance de Tabou fut ainsi l’occasion d’une longue réflexion solitaire. À quoi ressemble donc cette 41ème édition du FNC et que permet-elle de dire sur l’état des festivals de films à Montréal?

    Du point de vue de la programmation, le FNC demeure fidèle à lui-même. La compétition officielle ne fait pas couler beaucoup d’encre. D’une part, parce qu’elle continue sa tradition de ne présenter que des films de cinéastes émergents, donc pour la plupart inconnus. Cette ligne de programmation ne peut être que défendue, mais il est toutefois dommage de s’apercevoir que la plupart de ces films ne sont pas mis de l’avant. À écouter les discussions des festivaliers, un seul film semble pour l’instant faire l’objet de certaines conversations : Blackbird. Pour le reste, tout le monde parle, comme toujours, essentiellement des films en présentations spéciales (pour changer cela, tout le monde devrait aller voir Djeca, enfants de Sarajevo ce soir à 19h40 au Quartier Latin, un film dont on dit le plus grand bien). Rien de neuf de ce point de vue, mis à part le fait que les festivaliers semblent tous faire une expérience très différente, mais surtout très solitaire, du festival.

    Une constatation qui s’explique par deux facteurs assez remarquables cette année. D’une part, les sections de la  programmation sont extrêmement diversifiées, d’autant plus que le FNC Lab prend de plus en plus de place, ce qui est une très bonne chose. Pour voir ce fameux "nouveau" cinéma, c’est clairement vers cette section qu’il faut se diriger (à ce propos, allez donc voir Breaking the Frame, le documentaire passionnant et très original de Marielle Nitoslawska sur Carolee Schneemann ce soir à 19 :20 à l’Ex-centris). Toutefois, cette saine diversité engendre un cloisonnement des spectateurs qui peinent à vivre cette expérience commune que tous rêvent d’avoir en festival. Cette sensation est malheureusement renforcée par le fait que le FNC manque d’un véritable lieu de rassemblement. Certes, le quartier général de l’Agora de l’UQAM est supposé jouer ce rôle. Mais dans les faits, il suffit d’aller n’importe quand dans la journée à l’Agora pour prendre conscience qu’il s’agit d’un lieu assez froid, dont la taille imposante ne fait que renforcer le manque de dynamisme. Pour tous ceux qui ont vécu l’époque pas si lointaine où la quasi-totalité des évènements, des projections et des rencontres se faisaient aux alentours de l’Ex-centris, il est certain que ces changements, qui ne sont pas imputables à des choix volontaires de l’équipe du FNC, nuisent au sentiment unique de communauté qu’un festival tel que le FNC rêve de bâtir. Premier cri du cœur : il faut un véritable lieu de rencontre, où les cinéastes pourront se croiser, discuter, s’obstiner et rire avec l’équipe et les festivaliers. Observer une file de spectateurs silencieux attendre une séance au Quartier Latin pour repartir ensuite chacun dans son coin, c’est un peu triste tout de même. Claude Chamberlan le sait mieux que tout le monde, un festival, c’est plus que des films.

    À propos de l’implication des cinéastes justement, le FNC a décidé depuis l’année dernière de faire réaliser des cartes blanches, petits courts métrages présentés devant les films, à des cinéastes locaux proches du festival. C’est une initiative géniale sur laquelle il est toutefois possible d’avoir deux réserves. D’une part, il serait important que la plupart de ces films ne dépassent pas les deux minutes demandées, d’autant plus que ces cartes blanches sont, sauf rare exception, plutôt sérieuses et sombres. Cette remarque est toutefois motivée par un autre élément à changer au plus vite : une journée entière avec la même carte blanche, c’est une très mauvaise idée. Voir cinq fois d’affilée le même court-métrage userait la patience de n’importe qui. Bien sûr, ce n’est pas pire que les publicités de commanditaires habituellement présentées lors des films en festival. Mais il vaut mieux perdre patience devant une pub que devant l’œuvre d’un cinéaste.

    Ceci étant dit, revenons donc à l’objectif premier d’un festival : mettre en valeur des films. À ce propos, un seul message aujourd’hui : courez tous voir Tabou (15h00 au Quartier Latin), le merveilleux film de Miguel Gomez. Mieux encore, courez le voir et parlez-en autour de vous, afin que ce film qui va sortir bientôt en salle puisse avoir la carrière qu’il mérite. Dites à tout le monde que ce film est plus drôle, pertinent, intelligent et émouvant que The Artist. Cette histoire d’amour simple et belle comme on n’en a pas vu depuis des décennies (d’accord, il y a aussi des coups de foudre chez Grandrieux, mais je ne les conseillerais peut-être pas à ma grand-mère) mérite vraiment de rejoindre le plus grand nombre de spectateurs. En cette époque où le cinéma dit de festival devient de plus en plus l’affaire d’une niche de passionnés, ce film aussi abordable qu’infiniment complexe est un bonbon qui fait mentir tous les analystes.

Bruno Dequen

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (1)

  1. Bien d'accord avec votre propos (cartes blanches et lieu de rassemblement). Et TABOU, mon coup de cœur absolu de 2012, tous films confondus (j'avais vu UNE SÉPARATION et LE CHEVAL DE TURIN en 2011).

    par Jean Beaulieu, le 2012-10-18 à 12h02.

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.