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PROMETHEUS - critique d'Helen Faradji

2012-10-18

À L’ORIGINE


    Certains l’attendaient au Festival de Cannes. D’autres l’envisageaient comme l’événement le plus important depuis que l’œil de l’homme s’est posé sur le Nostromo, capable à la fois de régler enfin la mystérieuse question du Space Jokey (revoyez Alien) et celle, encore plus troublante, de l’origine du monde. D’autres encore, moins ambitieux, le fantasmaient tout simplement à la hauteur de la campagne virale menée quasi-militairement pour le promouvoir (les push-up de Charlize Theron, Fassbender robotisé, Weyland Industries…). Et Prometheus est finalement sorti, sans flonflons festivaliers, laissant quelques millions de geeks aussi hagards que des veuves éplorées. Aujourd’hui, cinq mois après le flop retentissant, qu’en reste-t-il ?


    Un DVD, d’abord, décliné sous tous les formats imaginables (Blu-Ray, 3D, pour la télé, l’ordi, la tablette…, mieux qu’un tout inclus), prouvant que la FOX, chargée de la distribution de la bête, aura au moins eu de la suite dans les idées dans cette aventure qu’on ne peut qu’imaginer financièrement décevante pour elle. Car en plus d’incarner physiquement toutes les mutations possibles d’un film à l’heure numérique, le DVD de Prometheus joue lui aussi le jeu du cadeau bonus, promettant dès sa jaquette de « révéler tous les secrets » par ses millions de milliards de suppléments, mais surtout un début et une fin alternatives (que l'on aurait plutôt nommé "allongées" qu'"alternatives" si on avait été honnête et qui n'apportent rien à rien). Transformer un échec en salles en potentiel malle aux trésors une fois le film parvenu jusque dans nos salons ? Assumer et même revendiquer, comme un pro de la communication, que l’on ne fait pas confiance à son propre film ? Si Ridley Scott n’est plus le génie de la science-fiction que nous aimions adorer, il est sans aucun doute devenu un redoutable spin-doctor. Ce qui est probablement encore plus terrifiant.


    Restent ensuite deux constatations. À commencer par celle, triste, de sentir derrière la caméra de Prometheus non pas le Ridley Scott pervers et effrayant, brillant et rugueux d’Alien ou de Blade Runner, mais celui, efficace et sans âme de Gladiator ou de Robin des Bois. Car si le décor de Prometheus est assurément marqué du sceau de la science-fiction (le froid, les tunnels, le gris, les murs visqueux…), reste le sentiment de voir un film mené trop rondement, trop simplement, trop proprement pour réellement pouvoir faire œuvre. C’est d’ailleurs là l’autre triste constat que cette aventure spatiale située en 2093 force à faire : Damon Lindelof n’est certainement pas le mastermind du scénario que l’industrie a tenté de créer. Après la navrante fin de Lost (oui, c’était déjà de sa faute), celle de Prometheus le confirme amèrement. Coïtus interruptus.


    Amertume et tristesse. Voilà encore ce qui reste. Car à bien regarder Prometheus, c’est aussi une certaine idée de l’évolution du cinéma américain de divertissement ambitieux qui se dessine. Si Alien instaurait en 1979 une ère de films savants résolument tournés vers le spectateur, ses terreurs, ses idéaux, le plaçant au cœur d’un cocon gluant pour ne cesser de mieux le déstabiliser, Prometheus semble en effet boucler la boucle en transformant définitivement le spectateur en consommateur passif, préférant se prendre bêtement au sérieux sans mettre son ambition certaine au service d’un regard. Plus une once de maladresse, de noirs poisseux, de costumes sentant la sueur. Dans le vaisseau Prometheus, tout sent le neuf, le propre, le design, l’esthétique crasseuse et pleine d’aspérités des débuts s’étant transformée en beauté plastique ripolinée, robotisée, publicitaire. Même Terrence Malick, tout adorateur de la beauté du monde qu’il est, comprenait l’absolue nécessité d’une certaine sauvagerie formelle. Mais pire, Prometheus est aussi un grand film sacrifié. Sacrifié sur l’autel de l’ultra-efficacité. Sacrifié aussi sur l’autel de la vraisemblance (non, personne ne va à l’abattoir le sourire aux lèvres, personne ne court sauver le monde après une césarienne, fusse-t-elle du futur, personne ne pense que le darwinisme n’est qu’une théorie comme une autre). Sacrifié sur l’autel du tout-cuit dans le bec et de la paresse. Sans inventivité réelle (les mains n’ont plus assez de doigts pour compter les scènes outrageusement pompées sur celles d’Alien), sans jeunesse, sans charme, Prometheus est un film qui ne semble obsédé que par l’idée de sa propre perfection. À ce jeu-là, tout le monde perd.


    Reste aussi, bien sûr, Michael Fassbender, en redoutable cyborg, chorégraphiant chacun de ses déplacements tel un cygne noir dangereux et séduisant. Mais c’est là une toute autre histoire…

 

Helen Faradji

 

La bande-annonce de Prometheus.

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