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FNC, JOUR 10 - par Apolline Caron-Ottavi

2012-10-20

    La programmation de cette année ne s'imposait pas au spectateur avec « évidence » : peu de grandes attentes, beaucoup d'inconnus. C'est très bien comme ça (n'oublions pas qu'on est au festival du « nouveau cinéma ») mais c'est aussi parfois difficile de se repérer à tâtons. Négliger les films attendus des maîtres et prendre le risque d'aller voir ailleurs peut parfois entraîner quelques déceptions, quelques regrets.

    Mais hier, enfin un film « nouveau cinéma » captivant, a été déniché dans Temps Ø : Clip, premier film de la jeune serbe Maja Milos et portrait d'un certain état de l'adolescence serbe à travers le désespoir mal caché d'une jeune fille, porté par de très jeunes acteurs, impressionnants. Contrairement à nombreux films sur l'adolescence (et la détresse sociale ou psychologique qui va souvent avec), celui-ci n'est pas lisse, il accroche, frotte son sujet avec une assurance et une tendresse qui ne sont pas sans rappeler, bien qu'à un autre niveau, celles d'Andrea Arnold dans Fish Tank. Pourtant le film a ses maladresses, ses faiblesses : notamment dans sa courbe narrative, ses ajouts de scénario un peu inutiles (le père malade de Jasna, les difficultés financières de la famille, les péripéties de la crise d'adolescence) Dans le fond, il n'y avait pas besoin de ces paramètres explicites. Ce qui est très fort, c'est le portrait brut d'une jeunesse, filmée frontalement, dans ses rapports sexuels, amoureux, haineux, irréfléchis, sensitifs. Une certaine forme d'adolescence, certes difficile, certes perdue, mais qui n'a pourtant rien d'exceptionnel : ils découvrent leurs corps, ne savent pas exactement ce dont ils ont envie, se comparent entre eux, s'observent, se violentent, s'ennuient. On a pu entendre que Clip était une version trash des chroniques sur l'adolescence : rien de tel en réalité. Juste le parti pris de filmer les choses telles qu'elles peuvent être, au premier degré, de plus en plus souvent. Avec leur part d'inconscience, de traumatisme, d'amertume, de passion aussi, malgré tout, malgré les apparences. Maja Milos filme la répétition des rituels, des rencontres, des fêtes, des regards… Elle filme le sexe et les corps crûment, mais sans jamais les faire sombrer dans le sordide ou dans des déviances extrêmes. À travers un détail seulement, un fil d'Ariane qui lie toutes les séquences du film, la cinéaste met le doigt sur ce qui cloche, sur ce qui va trop loin dans cette adolescence-là : le clip. Jasna filme tout avec son téléphone portable, et se fait filmer aussi. Nous ne saurons rien du devenir de ces petits clips parfois émouvant, parfois pornos, parfois totalement vides. Peu importe ce qu'ils deviennent, ce sont eux qui créent le malaise, poussant un degré trop loin les expériences âpres de l'adolescence, et surtout le rapport à l'image, dans une démonstration permanente de soi, vis à vis des autres, vis à vis de soi-même. Toute l'initiation de Jasna va consister à se détacher des images : celles qu'elle tourne, celles qu'elle imite dans sa sexualité, dans sa féminité. Peu à peu les images s'éloignent de leur immédiateté pour retrouver leur part de «temps » : on passe du clip porno ou narcissique à l'enregistrement d'un souvenir, ou d'une émotion.

    Clip rejoue aujourd'hui à 15h30. À guetter également : Francine de Brian Cassidy et Mélanie Shatzky, Trois sœurs de Wang Bing, Inori de Pedro Gonzalez-Rubio. Côté Lab, Fragments of Kubelka de Martina Kudlacek.

Et ce soir c'est la clôture, avec Camille redouble : profitez-en !

Apolline Caron-Ottavi

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