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FNC, JOUR 11 - par Serge Abiaad

2012-10-21

C’EST EN FORGEANT QUE L’ON DEVIENT CINEASTE

    Chacun retiendra la part qu’il veut de cette 41e édition du Festival Nouveau Cinéma ; le bon, le moins bon, le cocasse, l’abrutissant, l’inénarrable, l’incompréhensible, le choquant, le risible... Cette édition aura offert au festivalier le meilleur comme le pire. Le passage de Philippe Grandrieux est peut-être le point culminant du festival, avec une classe de maître qui aura certainement laissé une marque indélébile et éternelle sur les néophytes et autres convertis. La réception, telle une avalanche, du déluge des images enfiévrées de La vie nouvelle et de Sombre aura renforcé notre croyance en un cinéma stagnant.

    On découvrait aussi cette année des portraits au vitriol d’une jeunesse décapante et exubérante, filmée par une relève qui a su prélever le pouls d’une réalité fuyante, dans un monde en mutation exponentielle, alors que le ce cinéma peine de plus en plus à se conformer à son temps et à saisir cette fougueuse fuite en avant. Clip, Despues de Lucia, Dollhouse... des films fragilisés par leur fond mais maitrisés dans leur forme brossant une réalité déchue, où les mentalités ne parviennent plus à suivre les mœurs nouvelles.

    À retenir de cette édition, la confirmation du talent d’Olivier Godin avec La boutique de forge, prix du meilleur court-métrage canadien section Focus. Godin est cinéaste, il en a l’ossature, la fouge, il n’a ni la pédanterie  du pasticheur ni le tape à l’œil de l’imitateur ; son cinéma se situe entre les qualités antithétiques de la sobriété et du dynamisme. Godin peint sur le canevas de l’onirisme et du conte avec une forte conviction et une souplesse qui détonnent. Le conte, antre de la fiction, est  un genre pour cinéastes funambules, toujours au bord de l'effondrement, un genre épineux qui ne se retranscrit pas assurément à l'écran. Et pourtant nous nous retrouvons ici devant un objet très communicatif, lumineux, généreux qui interpelle par la justesse des regards, du recadrage bifurqué et des dialogues chimériques. Un film qui passe entre les mailles du maladroitement sérieux, ou du gauchement drôle dont on est souvent les malheureux récipiendaires. Un nom à retenir et à suivre.

    Dernière journée et dernière chance de voir quelques films du révéré William Klein, la magnifique ballade viennoise de Jem Cohen à travers Museum Hours, la terreur rampante de la jeunesse débridée de Dollhouse filmée avec bravoure, courage et tact par Kirsten Sheridan et pourquoi pas l’hommage rendu à Pasolini à travers Pasolini’s last words, un essai expressif sur un artiste hors norme.
 
Serge Abiaad
 
 

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