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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

18 ANS ET TOUTES SES DENTS

2012-10-24

    Il y a bien longtemps, 18 ans donc, l'assiette manquait singulièrement de richesse, de définition, se garnissant de tout (et n'importe quoi) ce que le marché comptait pour mieux offrir au public anglophone un panorama étrange et peu représentatif du cinéma francophone. Mais les choses ont changé. Et en profondeur. Si la mission même de Cinémania est restée la même, sa programmation, elle, a pris une assurance qui, cette année, se révèle à son plein potentiel.

    Bien sûr, il y a ces gros morceaux du cinéma français, dont on reparlera (De rouille et d'os d'Audiard, en présence de Matthias Schoenaerts, le Superstar de Giannoli, L'ordre et la morale du revenant Kassovitz, le Thérèse Desqueyroux de Claude Miller dont on soulignera d'ailleurs la disparition par une imposante rétrospective) et qui doivent faire rager d'autres festivals de ne pas avoir pu mettre la main dessus. Mais aussi ces curiosités, ces films plus fragiles ou plus marqués, ces collaborations alléchantes que l'on n'espérait même plus découvrir en 2012 : ce Louise Wimmer de Cyril Mennegun, qui depuis sa sortie en France, ne cesse d'épater par sa dureté et sa droiture, cette rencontre entre Lou Ye et Tahar Rahim (Love and Bruises), ce dernier Manoel de Oliveira qui nous fait célébrer la juvénilité des centenaires en compagnie de Michael Lonsdale (Gebo et l'ombre), les nouveaux Belvaux, Honoré, Jolivet… L'appétit est aiguisé, tout prêt alors à se laisser aller au plaisir de la découverte de premiers films précédés de jolies rumeurs, tels Voie rapide de Christophe Sahr dont la prémisse fait deviner un genre de Jo pour Jonathan revisité à la sauce John Carpenter…

    Du social, de l'original, du magistral… autant d'adjectifs que l'on pourrait réserver au véritable événement de cette édition : la rétrospective « Sandrine Bonnaire : justesse et ardeur », à la Cinémathèque, où l'on se baladera avec l'allégresse d'un premier communiant entre ses réalisations (J'enrage de son absence, sa première fiction et Elle s'appelle Sabine, documentaire-modèle du genre), ses performances dans À nos amours, Sans toit ni loi, Monsieur Hire, La captive du désert, Mademoiselle et Joueuse (ah, qu'on aurait aussi aimé y voir Sous le soleil de Satan, La cérémonie ou même sa Jeanne d'Arc, mais il ne faut pas se plaindre le ventre plein) et sa présence, lors d'une classe de maître le mercredi 7 novembre à 16h30.

    Cette classe de maître que l'on devine et que l'on espère déjà à son image. Lumineuse, lorsque viendra le temps de balayer d'un rire puissant la morosité de la cité triste de Grigny où elle grandit pour nous raconter, amusée, comment l'apprentie coiffeuse qu'elle était trouva au début des années 80 le chemins des plateaux de cinéma par la figuration (pour La Boum et Les sous-doués en vacances !). Franche et lucide quand arrivera le moment d'évoquer Pialat, le grand Pialat, premier à avoir deviné en cette jeune femme venue accompagner l'une de ses sœurs à un casting, la fêlure et l'intensité qu'il fallait pour faire de Suzanne un personnage de cinéma rugueux et tendre, inoubliable. Il avait raison, À nos amours et le nom de Sandrine Bonnaire s'inscriront immédiatement dans les mémoires cinéphiles. Émue et pudique, sûrement, pour raconter l'incroyable aventure « vardaienne » que dut être celle d'endosser les habits mités de Mona. Passionnée, forcément, quand elle avouera – comment pourrait-elle faire autrement ? – que son école à elle, fut ni celle de la République, ni celle de la rue, mais celle du cinéma et de ses inventions, en compagnie des plus grands, des plus rusés, des plus exigeants, ceux qui firent de sa fraîcheur, de sa justesse et de son audace spontanées des armes d'impression massives. Ceux que l'on ne remerciera jamais assez d'avoir modelé la petite Sandrine en femme et en actrice Bonnaire. Ceux qu'elle mentionnera évidemment lors de cette rencontre et que nous saluerons avec elle pour nous avoir offert une des plus belles histoires de cinéma qui soit : celle d'une grande et simple actrice

Cinémania : du 1er au 11 novembre

Bon cinéma

Helen Faradji

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