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Films de la semaine

AVANT QUE MON CŒUR BASCULE – critique de François Jardon-Gomez

2012-11-15

NE PAS TOUT DIRE

    Il y a des films qu'on ne sait trop comment aborder et qui laissent une étrange impression d'incomplétude; on peut y relever plusieurs bons éléments tout en sentant qu'il manque quelque chose pour que le tout soit vraiment fonctionnel. Quatrième long-métrage de Sébastien Rose (Le banquet, Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause), Avant que mon cœur bascule est de ceux-là. Il raconte l'histoire d'une adolescente rebelle de seize ans, Sarah, dont la vie bascule du jour au lendemain après qu'elle ait causé la mort d'un homme, Marc, qu'elle tentait d'escroquer. L'événement la bouleverse et, pour la première fois, elle remet en question son mode de vie – celui des truands à la petite semaine – en rencontrant Françoise, la femme de la victime.

    Sébastien Rose livre un film d'apprentissage dont la résolution est, malheureusement, trop prévisible. On pourrait plus facilement accepter que le dénouement ne soit pas original – il passe, comme c'est souvent le cas dans les films de ce genre, par l'acquisition par la protagoniste d'un nouveau savoir qui lui permettra de grandir en tant qu'humain – si le chemin pour s'y rendre était intéressant. Or, le récit manque de fluidité et s'empêtre dans la dualité entre la vie de Sarah (celle des petits escrocs) et celle, rêvée, de Françoise (qui reprendra goût à la vie au contact de la jeune fille) au sein de laquelle Sarah pourrait, enfin, espérer à une « vie normale ».

    Le réalisateur et scénariste insiste trop longuement sur ce schéma narratif d'alternance (une scène problématique avec Ji-Guy et Louis, dont l'emprise sur Sarah est très forte, suivie d'une scène de complicité avec Françoise, et ainsi de suite) qui devient vite lassant et, surtout, plombe le film en manquant de se concentrer sur ses moments les plus forts que sont les scènes entre Françoise et Sarah. Leurs rencontres sont présentées trop rapidement, amputées par les renvois incessants au monde des bandits, et la relation forte qui s'installe entre les deux n'est que devinée au lieu d'être pleinement ressentie. C'est d'autant plus dommage que Clémence Dufresne-Deslières, dans sa première présence à l'écran, offre une performance convaincante, tout comme Sophie Lorain.

    Le problème émane surtout de la construction des personnages, qui ne sont heureusement pas élevés au rang d'archétypes, mais qui manquent d'épaisseur et dont les fonctions sont trop évidentes, en particulier ceux qui entourent Sarah – ses compagnons de départ l'empêchent de s'épanouir, tandis que Françoise et Marc peuvent la tirer vers la rédemption. Les dialogues, particulièrement ceux entre Marc et Sarah, sont plus souvent qu'autrement trop explicatifs et tombent à plat : leur échange sur la question du mensonge annonce sans trop de subtilité la teneur de la relation à venir entre Sarah et Françoise. Or, les idées avancées ne disent rien de neuf sur la question (la sincérité est essentielle dans une relation et s'il est possible de mentir pour une bonne cause, Marc rappelle que « tout finit toujours par se savoir ») et, plus encore, la relation entre les deux femmes ne sera pas creusée au-delà de ce programme annoncé dans les quinze premières minutes.

    Pourtant, Sébastien Rose a fait de bons paris, comme celui de ne pas s'occuper du passé de Sarah, rencontrée à un moment précis de sa vie sans qu'on fournisse d'explications supplémentaires sur son vécu. Cette volonté est fort louable, d'autant plus que l'état d'esprit de Sarah est assez clair au début du récit pour ne pas demander plus d'explications psychologiques. De même, la réalisation est habile, tirant le film du côté de l'humain – traduit par les nombreux plans serrés sur les personnages, filmés presque exclusivement en caméra à l'épaule – et Rose fait une judicieuse utilisation du son et de la musique, qu'il coupe à quelques reprises pour accentuer la puissance de certaines scènes.

    Avant que mon cœur bascule lance ainsi une série de pistes intéressantes, notamment cette relation qui repose sur la double culpabilité de Sarah – responsable de la mort d'un homme et coupable de ne pas révéler la vérité à Françoise ou aux autorités – et le deuil de Françoise, sans parvenir à en tirer quelque chose de substantiel. Sébastien Rose dit finalement peu de choses sur chaque sujet, abordés un peu superficiellement, et le scénario, quelque peu maladroit, manque de subtilité. Dommage, d'autant plus que le réalisateur tenait un bon sujet et une bonne approche en penchant vers un récit intime, humain, qu'on aurait voulu apprécier.

François Jardon-Gomez


La bande-annonce d’Avant que mon cœur bascule

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