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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

Y’A-T-IL TROP DE FILMS?

2012-11-15

    Entre 10 et 15 sorties en salle par semaine. Sans compter les présentations en festival, les projections événementielles, les avant-premières et tout ce qui peut faire sortir le cinéphile de sa tanière. A priori, puisque les conseils de grand-mères n’ont plus à faire leurs preuves, personne ne devrait se plaindre le ventre plein, abondance de biens ne nuit pas et de nouveaux autels au dieu numérique devraient s’élever un peu partout pour le remercier de cette nouvelle facilité à faire circuler les copies à travers le monde. Pourtant, il y a bel et bien quelque chose qui cloche dans le merveilleux monde du cinéma.
 
   Variety partait ainsi le bal des récriminations cette semaine en rapportant par exemple la grogne entourant le processus d’éligibilité à l’Oscar du meilleur film étranger, notant que cette année, un nombre record de 71 pays avaient décidé d’y soumettre leur poulain (parmi lesquels la France qui, contre toute logique, a préféré soumettre Intouchables plutôt que De rouille et d’os…), suscitant l’exaspération des membres du comité votant, chargé de tous les voir.

    Si sur cette question, l’envie de caresser la tête de ces pauvres votants en leur chuchotant que tout va bien aller, pauvres chatons, ce ne sont que quelques films à regarder, un article bien plus songé pose en termes beaucoup plus pertinents cette même question de la surabondance : celui de Brian Newman, président de la boîte Crowd Play, sur son blog sub-genre.com, intitulé « The Old Gray Lady »

    Évoquant la situation new-yorkaise (et en particulier, les éditions imprimées de jeudi et vendredi derniers du New York Times où l’on pouvait trouver pas moins de 16 critiques de films et une de festival en mentionnant une belle poignée d’autres, sans compter les recensions de DVD, les entrevues, et autres articles sur le cinéma), l’auteur rappelle en préambule cette évidence que peu osent pourtant avouer : « voilà qui fait beaucoup à digérer, même pour le plus impliqué des cinéphiles. Et la situation a atteint un point critique où l’on a envie de baisser les bras ».

    Pour Newman, de nombreux facteurs ont mené à cette étrange situation. Les moyens de production et de distribution beaucoup plus économiques, les salles de cinéma en perdition, la domination du « tout-ce-que-tu-veux-sur-ton-écran-chez-toi-d’un-simple-clic » où les films se noient dans la marée, pour mener à ce constat: « you get the cluster-fuck that is the current state of film viewing in the US. »

    Ici, ou ailleurs, c’est un secret de Polichinelle : la situation est plus qu’alarmante. Et il est facile de voir dans ce déversement de copies une tentative presque désespérée de noyer le poisson. Pourtant, contrairement à ce qu’affirme M. Gagnon dans cet article du Journal de Montréal, la solution n’est assurément pas dans l’arrivée de « plus de films commerciaux », ni dans cette condescendance de plus en plus assumée envers le public, masse joyeusement crétine, tellement enfumée par les vapeurs de beurre artificiel de son pop-corn, qu’elle n’en réalise plus ce qui est bon ou non, du moment qu’il y a des vedettes et de la rigolade. La solution n’est tout simplement pas dans le « plus ». Mais elle est, comment en douter ?, dans le « mieux ». Mieux accompagner les films, quitte à en choisir moins, pour que les salles ne soient plus des déversoirs mais des lieux de célébration du cinéma. Mieux sélectionner les films, en comprenant qu’une compagnie de distribution a aussi le droit, même le devoir, de faire un réel travail de programmation. Mieux comprendre les films, en développant tant dans les écoles que dans les médias, un discours sensé, vivant et intelligent sur ce qu’est le cinéma aujourd’hui et comment il réfléchit aussi celui d’hier. Mieux concevoir, simplement, que le cinéma n’est pas qu’un commerce, mais aussi et surtout un art. Et qu’à ce titre, il mérite les meilleurs égards. Pas l’indifférence, ni le mépris.

Bon cinéma

Helen Faradji

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Vos réactions (1)

  1. - «Il y a-t-il trop de films?» - Oui.

    par Martina Krajicek, le 2012-11-19 à 01h22.

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