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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

PAULINE, MA SOEUR PAULINE, NE VOIS-TU RIEN VENIR?

2012-11-22

    Évidemment, la priorité des priorités n’est pas l’univers culturel. En ces temps de morosité généralisée, d’économie mondiale déstabilisée, de craintes affichées, on peut le comprendre. Équilibre, dettes, déficit, redevances minières, privilèges fiscaux, compressions, entreprises… Les mots sont sérieux, l’heure n’est pas aux fanfreluches sociales et autres cadeaux à faire aux "maudits zartisses".

    Pourtant, dans ce budget proposé (on trouvera tous les documents nécessaires à s’y plonger – pour la plupart incompréhensibles aux yeux des simples mortels – sur la page du Ministère des Finances et de l’Économie), deux grandes mesures touchant directement le domaine culturel sont à saluer tout en laissant le pauvre quidam intéressé par le cinéma pantoite, selon l'expression désormais consacrée. Sous cette affirmation bien générale d’une augmentation de 2.1% du budget du Ministère de la Culture et des Communications (assortie d’une mention que les dépenses dédiées à la culture en 2013-1014 représenteront 1% des dépenses générales), le tout nouveau gouvernement Marois a en effet décidé de favoriser l’activité physique, artistique et culturelle chez les jeunes de 5 à 16 ans, et d’augmenter les ressources du fonds du patrimoine culturel québécois de 10 à 15.5 millions de dollars. Frottons nous les mains.

    Vraiment ? Sur le principe, oui, forcément. Comment ne pas en effet être d’accord avec cette envie du gouvernement de corriger cette bien triste statistique : seuls 23% des enfants issus de familles à faibles revenus s’adonneraient à ces pratiques dites récréatives, contre 66% des enfants issus de familles aisées. L’instauration d’un crédit d’impôt (à hauteur de 100$ par enfant, pour les familles gagnant 130 000$ par année et moins) pour favoriser le contact de nos chères têtes blondes avec le sport, la culture et l’art ne peut qu’aider. Reste pourtant une petite interrogation après lecture des activités admissibles à un tel coup de pouce (soient, pour les activités culturelles et artistiques: la musique, le bricolage et l’artisanat, la peinture, la photographie, le théâtre, les langues, la littérature, le chant, le cirque et la danse) : et le cinéma, ça compte pour du beurre ? Initier les enfants à l’art de faire un film, à jouer avec leur imaginaire, à monter, remonter, démonter (l’auteure se permet ici un soupir nostalgique en repensant aux caravanes de petits zenfants que l’on croisait souvent le matin devant les portes du défunt ONF sur la rue St-Denis, venus assister à des ateliers de cinéma d’animation….), bref encourager les petits à se familiariser à un art qui a sérieusement besoin de croire encore en son avenir, n’aurait probablement pas été non plus de trop.

    En gardant ces œillères bien particulières qui sont celles de l’amateur de cinéma, persuadé que tout est du à cet art qui ne peut que s’écrire et se penser en majeur, l’augmentation du fonds du patrimoine culturel québécois, là encore tout à fait louable, pose les mêmes questions. Car, pourquoi ce fonds, aussi important soit-il, n’inclut pas, par exemple dans sa description du patrimoine immatériel qu’il doit défendre et soutenir, les pratiques, connaissances, savoir-faire, expressions et représentations liés au cinéma ?

    Autant de questions que l’on se pose particulièrement vivement à l’heure où ce cinéma québécois, notre cinéma, notre patrimoine en images, est attaqué de façon particulièrement mesquine par ceux qui n’entendent qu’en profiter grassement, sans avoir à cœur de ne jamais rien lui rendre. Savoir que le gouvernement l’ait remarqué et ait, même a minima, englobé le cinéma dans sa réflexion sur notre avenir à tous, aurait mis un petit baume au cœur et à l’âme de ceux qui, ces temps-ci, pensent encore que cette bonne vieille machine du 7e art a, malgré tout, de beaux jours devant elle. Si tant est qu’on lui en donne les moyens.

Bon cinéma

Helen Faradji

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