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FESTIVAL IMAGE + NATION - par André Roy

2012-11-22

LE BESOIN DE RACONTER SES HISTOIRES

    Le festival de films Image + Nation fête cette année ses 25 ans d’existence. Ses organisateurs et organisatrices ont tenu bon le fort, car c’est une manifestation qui n’est pas subventionnée par la Sodec ni par Téléfilm et qui doit chercher des commanditaires publics (comme le Bureau des festivals de Montréal) et privés (la Banque TD, principal sponsor) pour survivre. Certes, ce n’est pas une manifestation de type « cinéphile » comme le Festival du nouveau cinéma. Ses buts sont plus sociaux dans la mesure où les films choisis participent de la recherche d’une identité, d’une définition des droits et de la création d’un sentiment communautaire. C’est ainsi que les œuvres sélectionnées depuis le début ont tourné autour des réalités sexuelles et le renforcement des rôles sexuels (définis en anglais par le terme gender). D’ailleurs, au cours des années, la notion d’identité a changé; on ne parle plus de communauté homosexuelle, ni même gaie, mais LGBT (pour Gaie, Lesbienne, Bisexuelle et Transgenre).

    À partir de ces constatations, il n’est pas surprenant que le festival accueille un brassage d’idées et d’images sur les LGBT et que ses films couvrent un large spectre de productions, du film amateur à l’opus professionnel. Il tente – et cela reste encore de ses principaux buts – de découvrir des œuvres mal connues et mal diffusées. Le festival Image + Nation, comme des dizaines d’autres dans le monde, devient une niche pour des films qui sont rarement – pour ne dire jamais – présentés dans le circuit commercial du cinéma. Il répond ainsi à une demande d’expression, de visibilité, qui va de pair avec la lutte pour les droits des différentes homosexualités. Les salles toujours pleines confirment de toute évidence un besoin.

    On peut donc prendre chaque film, qu’il soit court ou long, documentaire ou de fiction, expérimental ou home movie, comme un témoignage des homosexualités et des genres plutôt qu'une investigation esthétique du cinéma. Ces minorités sexuelles se regroupent dans le cinéma dans le désir de raconter des récits sur soi; le festival consolide ainsi un sentiment certain d’appartenance, créant des liens de solidarité. La manifestation montréalaise le fait avec beaucoup d’éclectisme, avec une rigueur qui s’est améliorée au cours des années. Elle a su créer la curiosité autour de ces récits, qui devraient aussi intéresser le cinéphile lambda.

    On pourra trouver des perles dans ce festival qui a déménagé au Cinéma du Parc et qui se déroulera sur dix jours, soit du 23 au 2 décembre. Comme cinéphile, on peut souligner quelques films, dont certains ont même déjà été projetés dans des festivals montréalais, qui rejoindront ainsi un autre public qui ne fréquente pas nécessairement comme nous les festivals de films.

    Parmi ces films, signalons Les invisibles de Sébastien Lifshitz, cinéaste français que le festival a accueilli dès ses débuts en réalisation. Déjà projeté au FNC, ce documentaire, qui n’a rien de pesant, montre des homosexuels ordinaires de l’entre-deux-guerres qui ont dû subir brimades et répression et qui tentent aujourd’hui de vivre sans honte leur orientation sexuelle. On reprend également Hors les murs, une fiction intense dans l’expression des sentiments et précise dans sa mise en scène sur deux beaux et jeunes garçons, Ilr et Paulo, qui s’aiment passionnément. Il en est de même de Bullhead, une des révélations de l’année 2012 qui a eu un succès critique et public. Comme il est passé presque inaperçu au FFM, il ne faudrait pas rater Yossi, la suite de Yossi & Jagger du réalisateur israélien Eytan Fox. On retrouve dix ans plus tard le personnage de Yossi, médecin en deuil de Jagger mort au Liban et qui n'a plus guère le goût de vivre. C’est un homme blessé, désespéré, que le cinéaste traque lentement, doucement, et même avec tendresse. C'est un film porteur d'une grande émotion.

    Le festival réussit à aller chercher des films en première montréalaise ou américaine, comme Bye Bye Blondie de Virgine Despentes, qui ne suscitera pas le scandale de Baise-moi d’il y a douze ans. Ce film sur la nostalgie raconte l’histoire de deux femmes mûres qui tentent de raviver leur amour adolescent. Comme les personnages de Gloria et de France sont interprétés par Béatrice Dalle et Emmanuel Béart, on s’attend à une œuvre fougueuse.

    Un film à ne pas manquer parmi les premières est Keep the Lights On, de l’Américain Ira Sachs, qui raconte sur dix ans, entre 1998 et 2008, la poursuite amoureuse, avec coups de foudre et déboires, d’Erik pour Paul. Ce film autobiographique aborde par blocs de trois ans les sentiments puissants et contradictoires d’Erik envers un amant qui le quitte, qui revient, qui l’humilie et lui demande grâce sans arrêt. Ce quatrième opus de Sachs vaut son pesant d’or par la sûreté de sa mise en scène, qui est toute subtilité dans la révélation des relations amoureuses. Élans subits et bassesses prévisibles, attachements et trahisons y forment la trame d’un quotidien qui ne pourrait n’être que trivial, mais qui est à la fois franc et frais. Derrière son propos sur l’amour-passion, Keep the Lights On est une sorte de petit traité sur la mélancolie : les jours qui passent et les amours qui meurent sont évoqués entre exubérance et douleur. C’est très beau.

André Roy

Pour la programmation complète, voir le site du festival : http://www.image-nation.org/2012/index.php.

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