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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LA BONNE ANNÉE

2012-12-13

    L’année 2012 s’achève enfin. Le temps pour toute l’équipe de revue24images.com de s’adonner au traditionnel et amusant exercice du top 5 de ce qui aura marqué ces 12 mois de cinéma !

ÉRIC FOURLANTY
- Amour, de Michael Haneke
- Habemus Papam, de Nanni Moretti
- Keep the Lights On, d’Ira Sachs
- Laurence Anyways, de Xavier Dolan
- Pina, de Wim Wenders

Pour le rythme, le regard, l’audace, la douleur et la joie. Dans chacun d’entre eux.

CÉLINE GOBERT
1- Le film norvégien Oslo 31 août de Joachim Trier. Il y a du Proust, du Virginia Woolf, et du grand cinéma dans ce film là.
2- Emilie Dequenne dans A perdre la raison de Joachim Lafosse, et une séquence bouleversante sur un morceau de Julien Clerc. Elle n’a pas volé son prix d’interprétation cannois !
3- Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Même recette que les précédents films du cinéaste, mais toujours autant de beauté, de magie, de mélancolie.
4- Laurence Anyways de Xavier Dolan. L’oeuvre de la maturité pour le jeune québécois. Un grand sujet, de grands acteurs, un grand film.
5- Le Festival Fantasia à Montréal avec une programmation toujours formidable et une rencontre avec Jennifer Lynch, venue présenter son nouveau film-choc Chained, intense réflexion sur le cercle vicieux de la violence.

ROBERT LÉVESQUE
Au nom des cinéphiles et des félins, d’abord une pensée pour Chris Marker, disparu à 91 ans le 29 juillet 2012, nous laissant un requiem politique : Le fond de l’air est rouge. À revoir absolument, dans le sillage évaporant des carrés rouges et pour comprendre le fatalisme attaché au cul des gauches.

- Deux films québécois qui cassent avec l’usuel : Nuit 1 d’Anne Émond, Laurentie de Simon Lavoie et Mathieu Denis. Sortis fin 2011, mais rien de mieux en 2012.
- Deux films européens qui transsudent d’humanisme réaliste : Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian et Le gamin au vélo des frères Dardenne.
- Deux ouvrages essentiels : Dictionnaire de la pensée du cinéma sous la direction d’Antoine de Baecque et Philippe Chevalier (Quadrige/PUF) et Jean Renoir de Pascal Mérigeau (Flammarion).
- La rediffusion sur TFO (la télé du cinéma!) des quatorze épisodes du Berlin Alexanderplatz de Rainer Werner Fassbinder (d’après le roman d’Alfred Döblin).
- L’hommage à Paule Baillargeon le 11 mars 2012, seul moment de grâce du gala d’une industrie qui en l’état démoraliserait le regretté Jutra.
 
BRUNO DEQUEN
- Beasts of the Southern Wild (Benh Zeitlin) et Leviathan (Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel). Parce qu’on ne les attendait pas du tout. Parce qu’ils osent un cinéma hyper-sensoriel à contre-courant du réalisme tiède dominant. Parce qu’ils sont jeunes et vont pouvoir faire évoluer le cinéma.
- Lawless, The Paperboy et Killing Them Softly. En 2012, Cannes n’aura pas été d’une grande aide pour le cinéma américain. Pour preuve, 3 des 4 films américains de la sélection officielle, quelles que soient leurs qualités ou défauts respectifs, sont passés totalement inaperçus par la suite. Et que dire du quatrième, Mud, dont on n’attend même plus la sortie…
- 1. Le nombre de films québécois ayant fait plus de 100 000 entrées en 2012. Ajoutons à cela l’annonce cette semaine de la fermeture de la branche distribution de TVA, qui ne s’est jamais remise de l’expérience Pour toujours les Canadiens, et les multiples appels à l’aide récents de l’Ex-Centris. Le cinéma québécois en salle n’a décidément pas connu une belle année. La SODEC prend la situation en main et annonce un comité de réflexion composé entre autres de Michel Côté. Devrions-nous être rassurés ?
- 500 000$. Le montant dont dispose désormais Téléfilm Canada pour financer la totalité des documentaires de l’année. Pas de commentaire.
- 165 et 143. Les durées respectives en minutes des derniers Batman et James Bond. La narration ample des séries télé exercerait-elle une influence sur les cinéastes ? Le moindre film commercial un peu prétentieux dépasse allègrement les deux heures de nos jours. Ellipse, suggestion, où êtes-vous ?
- Chris Marker : le cinéma a perdu l'un de ses créateurs les plus brillants et originaux.

APOLLINE CARON-OTTAVI
- Un détail : le dos de Joaquin Phoenix dans The Master.
- Une musique : celle, envoûtante, de Beasts of the Southern Wild.
- Un moment de trouble : une impression de déjà-vu dans la limousine de Cosmopolis.
- Un moment de grâce : le coup de foudre silencieux et imperceptible de Tabu.
- Une sensation : une terreur sourde, mêlée d’excitation, aux premiers plans de Leviathan.

SERGE ABIAAD
1- Rétrospective Philippe Grandrieux au FNC, la découverte de White Epilepsy ainsi que la classe de maÎtre. Le cinéaste, mais aussi l’homme, aura laissé lors de son passage, une marque impérissable sur les esprits cinéphiliques.
2- L’émoi, l’étonnement, l’émerveillent devant la bande-annonce de Leviathan (et puis le film) de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel qui démontre que le cinéma n’a certainement pas fini d’explorer de nouvelles expériences sensorielles, de nouveaux territoires visuels,  et du fait même, de renaitre. 
3- « Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple ? ». Phrase prononcée par Jean-Louis Trintignant et attribuée à Prévert au Grand Théâtre à Cannes lors de la remise de la palme d’or à Amour de Haneke
4- La scène d’auto-décapitation à la fin de Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas. Rarement la rédemption aura été aussi bien sublimée à l’écran.
5- Aller à Cannes et ne plus vouloir y revenir.

FRANÇOIS JARDON-GOMEZ
- Deux grands films proposant deux visions d’un monde qui touche à sa fin pour se mettre dans l’ambiance du 21 décembre : Cosmopolis de David Cronenberg et Le cheval de Turin de Béla Tarr.
- Beasts of the Southern Wild, du nouveau venu Benh Zeitlin, dont on suivra attentivement la carrière après ce magnifique premier long-métrage.
- The Master, de Paul Thomas Anderson, film tout au service d’un spectaculaire duel d’acteurs.
- Impossible de passer sous silence le film-événement de l’année : le retour au sommet de James Bond dans Skyfall, de Sam Mendes, après deux épisodes moins convaincants.

HELEN FARADJI
1- Les voitures: chez Carax autant que chez Cronenberg, dans les deux films les plus surprenants de l’année, les limousines se faisaient autant cocons que tombeaux pour leurs personnages en pleine crise d’identité. Dans la vraie vie, elles auront par contre été fatales à Theo Angelopoulos et Koji Wakamatsu. Les vies de cinéma, elles, sont heureusement éternelles.
2- Les beaux rôles d’hommes : ni roses, ni noirs, les hommes en 2012 auront été dessinés par les cinéastes avec cette ambiguïté et cette finesse qui rend les rôles à la hauteur de leurs interprètes. Entre vulnérabilité et puissance brute, on se souviendra de Schoenaerts chez Audiard, Phoenix et Hoffman chez Anderson, McConaughey chez Daniels et Soderbergh, Poulin chez Ouellet, Liotta chez Dominik, Arestrup chez Lafosse…
3- Les découvertes : il y a bien sûr la jeune Quvenzhané Wallis dans l’étonnant et mythique Beasts of the Southern Wild, dont le regard noir et frondeur nous hantera pour quelques années encore. Mais aussi l’allure sèche et déterminée de Corinne Masiero qui, après des seconds rôles marquants dans De rouille et d’os et Ombline, a su, en un menton relevé et des épaules droites, redonner toute leur dignité aux « gens de la marge » dans l’épatant Louise Wimmer, malheureusement montré dans la plus grande indifférence lors du festival Cinemania.
4- La créativité de la jeunesse, de notre jeunesse: tous ces films et collages sur le net, ces affiches brandies fièrement, ces créations de tout poil, ces carrés rouges sur la Croisette… le printemps érable nous aura au moins montré qu’en termes d’images, il fait bon parier sur la jeunesse.
5- Le malaise : en 2012, la déception aura aussi été l’invitée malvenue. Des résultats de ce fameux printemps érable aux palmarès de Cannes et Venise, des films sur-attendus dont les flops résonnent encore aux incompréhensions d’un merveilleux monde du cinéma toujours plus divisé, l’ambiance n’aura pas été aux hourras et aux bravos. Reste à espérer, comme devant tous les creux de vagues, que la suite saura donner tort aux oiseaux de malheur.

    La parole est maintenant à vous, chers lecteurs. Que retenez-vous de cette année 2012? Quels ont été ses moments marquants? Faut-il définitivement l’enterrer?

    En attendant de vous lire, nous vous souhaitons, les plus sincèrement possible et au nom de toute l’équipe de revue24images.com, un merveilleux temps des fêtes et une années 2013 à la hauteur des espoirs que vous mettez en elle

Bon cinéma

L’équipe de revue24images.com
 

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Vos réactions (1)

  1. 1. The End par Hicham Lasri 2. De Rouille et d'os 3. Killing Them Softly 4. Naked Harbour par Aku Louhimies 5. Outrage Beyond Probablement que Django Unchained va se retrouver dans le top dans 10 jours...

    par Kim Avelar Marcelino, le 2012-12-16 à 09h50.

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