Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

UN AIR DE FAMILLE

2013-02-14

    Les unes le trouvent trop dialogué, les autres trop lamentard. Les uns font les beaux à Berlin, les autres ne cachent plus leur déprime, notamment en région, devant ces subventions culturelles qui fondent comme beurre au soleil. Les uns encore s’envolent vers le Far West pour voir si les caméras y sont plus belles, les autres se mettent crédits et dettes sur le dos pour tourner coûte que coûte. Les uns affirment leur monopole, les autres misent sur des micro-coopératives. Quelle que soit la dimension par laquelle on veut bien le regarder, le cinéma québécois semble systématiquement tiraillé entre deux poids et deux mesures.

    C’est donc dans ce contexte de questionnements, de doutes, de batailles qui n’affichent pas toujours leur nom qu’aura lieu, du 21 février au 3 mars prochain, la 31e édition des Rendez-Vous du Cinéma Québécois. L’occasion, comme le veut la tradition, de se retrouver, de resserrer les rangs, de se laisser croire, ne serait-ce que pendant ces quelques jours, que le mot « ensemble » peut aussi rimer avec « éclaircies ». Car, au fond, que proposent au juste ces RVCQ si ce n’est leur réponse, festive et rassembleuse, aux grands atermoiements du moment ?

    Cette réponse est multiple, à l’image du cinéma que le festival entend représenter. Elle consiste d’abord à proposer une mise au point, ou à plat ce qui revient au même, de l’état de notre cinéma. 300 films, courts, longs, docu, fiction, expérimental, animation… et autant d’occasions de juger, sur pièces cette fois, ce qui a constitué non pas financièrement, mais esthétiquement, poétiquement, artistiquement ce cru 2012 tout en prenant le pouls de ce que celui de 2013 pourra bien donner (Roche Papier Ciseaux, Finissant(e)s, Le météore et Les manèges humains lui donneront le la). L’opportunité de mieux nous connaître collectivement, et individuellement, à travers tous ces regards portés sur nous et de comprendre, par a+b, que le cinéma a aussi cette importance-là, essentielle.

    La réponse des RVCQ à « la crise » en est également une rassembleuse. À ce jeu, faire la fête aura toujours été une occasion, certes éphémère, mais sacrément efficace, de se rappeler pourquoi nous, public, cinéphiles, cinéastes, artistes, critiques, festivaliers de tous poil, aimons être ensemble. Pourquoi dans la joie et l’enivrement, on ne trouve pas que l’oubli, mais aussi une forme de solidarité, une trêve momentanée, un cessez-le-feu délirant. En musique, lors du Ciné-concert où un orchestre de chambre accompagnera en direct la projection de six courts métrages, en famille pour le Bestiaire animé, une sélection des meilleurs films d’animation québécois animaliers ou en paillettes lors des fameuses Nuits des Rendez-Vous (avec mention au Combat des films, où chaque finaliste au Jutra du meilleur film sera défendu par un orateur, et à la soirée qu’on nous promet « politique » République des Rendez-Vous), on espère que tous joueront le jeu.

    Mais cette réponse ne serait pas complète si elle n’incluait pas l’essence même des grandes réunions de famille : tomber les masques pour se dire la vérité. Pour aborder les sujets qui fâchent. Pour faire de la franchise une arme constructive et ne plus s’en tenir aux attaques rabougries par journaux interposés. C’est en tout cas que nous espérons des traditionnels 5à7 des Rendez-Vous qui seront cette année twitterisables (hashtag #5a7RVCQ). Si l’on aurait sincèrement aimé en avoir un peu plus à se mettre sous la dent (par exemple sur les conséquences de cette fusion gigantesque entre les deux boîtes de distribution Alliance et EOne, sur l’état de la diffusion en région, ou peut-être, avec un brin plus de provocation, sur l’insoutenable légèreté de la relation de notre cinéma au hockey et de façon plus générale au divertissement), reste que le 5à7 qui abordera la question « qu’est-ce qu’un film rentable ? », le lundi 25 février, devrait faire le travail. À la condition que la véritable question que l’on s’y pose soit « pourquoi un film devrait-il être rentable ? ». Car si Transformers et toute l’œuvre de Michael Bay sont stricto sensu rentables, quels bénéfices en avons-nous réellement tiré au juste ?

Tous les détails sur les Rendez-Vous du Cinéma Québécois : http://www.rvcq.com

Bon cinéma et bons Rendez-Vous

Helen Faradji

UN AIR DE FAMILLE
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