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TO THE WONDER – critique d’Éric Fourlanty

2013-04-25

CRISE DE FOI

    Parmi ses nombreuses formules toutes faites, le californien – idiome du XXe siècle né dans les collines d’Hollywood et qui s’est répandu comme une traînée de poudre sur la presque totalité du continent – en a une qui résume la comédie romantique au grand écran : « Guy gets the girl, guy loses the girl, guy gets the girl back. » Si Terrence Malick faisait des comédies romantiques, on pourrait très bien résumer To the Wonder ainsi. Mais Terrence Malick, le palmé cannois, le misanthrope du grand écran devenu boulimique (quatre films en 32 ans, puis cinq films en quatre ans, dont trois à venir), Malick, le sauveur du cinéma américain, le maître du 7e art, ne fait pas de comédie romantique. Et c’est bien dommage.

    Ici, le gars s’appelle Neil (Ben Affleck), la fille se prénomme Marina (Olga Kurylenko) et ils tombent amoureux aux Tuileries. Ils vivent une intense recherche spirituelle lors d’un week-end venteux dans un Mont Saint-Michel désert et partent vivre en Oklahoma. Elle y danse dans les champs au coucher du soleil et il est filmé de dos. Dans ce fief WASP – 4,33% de catholiques, merci Wikipédia –  officie un prêtre hispanique tourmenté qui a l’œil bovin de Javier Bardem. Elle danse de moins en moins dans les champs et commence à se demander ce qu’elle fait dans ce quartier Dix30 surgi de terre aux pays des bisons. Il est toujours filmé de dos. Elle retourne au Jardin du Luxembourg. Surgit alors une veuve (Rachel McAdams), amie d’enfance du dos de Neil, belle comme Marylin Monroe dans The Misfits. Ils tombent amoureux, elle ne danse jamais dans les champs, ni à l’aube ni au crépuscule, et il est toujours filmé de dos. En manque de champs fleuris dans un Paris saumâtre, la belle Slave intense s’ennuie du dos tant aimé et se rabat sur les plaines du Far-West. Coup de théâtre, elle épouse le Neil, qui a bon dos. Exit la bombe platine. Mais, hélas, entre deux couchers de soleil élégiaques, après tout, nous sommes chez Malick, le prêtre ibérique est en pleine crise de foi, la ballerine bucolique ne danse plus nulle part et le dos de Neil se voûte de plus en plus. Pour une comédie romantique, c’est un peu compliqué.

    Le mont Saint-Michel est, aujourd’hui, l’un des lieux pieux les plus dénués de spiritualité, une magnifique coquille vide – tout comme le dos de Ben Affleck, la maison des deux tourtereaux torturés, les personnages de ce film-grenouille qui se prend pour un bœuf, et le regard d’un cinéaste qui pense qu’il suffit de faire entendre le sublime prélude du Parsifal de Wagner pour être élégiaque et qu’il suffit d’engager cinq monteurs pour déconstruire une comédie romantique.

    On comprend ce qui intéresse Malick: la lumière, le ciel, l’eau, la terre. Il cherche à filmer l’indicible, le mystère, l’infilmable, dans l’ombre que la Terre porte sur l’horizon comme dans celle qui empoisonne le cœur des hommes et la beauté des femmes – du moment qu’elles soient riches, sinon pas de pitié pour les pauvresses qui, ici, sont toutes laides à faire peur sans avoir l’humanité qu’un Fellini leur donne. Soit, mais pourquoi nous infliger la vacuité d’un Ben Affleck, pas plus expressif qu’une tranche de veau, même de dos? Pourquoi abuser des minauderies d’Olga Kurylenko en pseudo-banlieusarde névrosée? Toutes proportions gardées, on pourrait faire un parallèle avec Barry Lyndon pour lequel Kubrick disait avoir choisi Ryan O’Neal et Marisa Berenson pour leur insignifiance. Hormis un choix de production qui aurait permis le financement du film, c’est la seule explication plausible…

    Combien de fois peut-on filmer un top-modèle à peine pubère dansant dans un champ avant que ça ressemble à un spot publicitaire de tampons hygiéniques? Combien de fois peut-on filmer un soleil couchant avant qu’on n’ait la nausée devant tant de beauté? Combien de fois peut-on supporter des maximes de cartes Hallmark susurrées en voix-off qui nous expliquent le film que nous sommes en train de voir?

    On applaudit la déconstruction du récit, les mises en abymes, le travail sur la durée, sur le hors-champ, sur la matière cinématographique mais, de grâce, Mister Malick n’écrivez plus de scénarios. Filmez! Comme le Besson du boursouflé Grand Bleu, qui n’a jamais été aussi authentique que dans Atlantis, documentaire lyrique sur la vie sous-marine, Malick est un cinéaste expérimental dans le placard. Vivement qu’il en sorte!

Éric Fourlanty

La bande-annonce de To The Wonder

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Vos réactions (1)

  1. Je n'ai pas vu ce film, mais déjà avec TREE OF LIFE, je trouvais que Malick radotait. Encore ses questions à Dieu, sur la vie, la mort, ses contre-plongés sur les arbres, etc. Certes, il y avait un côté envoutant, mais pendant 2h 30, ayoye. Au moins, Kubrick ne radotait pas et laissait la religion de côté.

    par Mathieu, le 2013-05-01 à 19h21.

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