Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LE FOND, TOUJOURS LE FOND, ENCORE LE FOND

2013-07-04

    Un bandeau rose pimpant pour se donner un peu de couleurs, un fond blanc, un pavé de texte en petits caractères, quelques extraits vidéos… pour tout dire, la page a quelque chose, graphiquement tout le moins, d’un brin trisounet. Une coche au-dessus du pdf en ligne, mais comme un retour vaguement nostalgique aux premiers temps des internets. Et pourtant. Qu’on aurait tort de se laisser dévier du droit chemin par une sobriété visuelle un tant soi peu forcée. Qu’on aurait tort de se lasser de la forme avant même d’avoir goûté au fond. Qu’on aurait tort de passer à côté de ce nouvel espace créé sur son site par le Festival du film de La Roche sur Yon, en France, qui fêtera sa 4e édition du 16 au 21 octobre prochain (l’an dernier, on s’y régalait notamment d’un panorama Jean-Pierre Léaud en 10 films, d’une rétro Nobuhiro Suwa ou d’une carte blanche à Délépine et Kervern.)

    Car si sa forme reste d’une austérité toute monacale, le site, hyper fonctionnel, a pourtant l’heureuse idée de se transformer en outil de références, gardant dans un espace nommé Revue un lieu où abriter les grandes idées qui ont pu secouer ses éditions précédentes. Si l’endroit reste en construction, les deux grands dossiers que l’on y trouve, le premier consacré à Alain Guiraudie, par le biais d’une revue de presse particulièrement signifiante regroupée là, le second à la présidente du jury international 2012, la directrice photo Caroline Champetier (Le dernier des injustes, Hannah Arendt, Des hommes et des dieux, L’avocat de la terreur pour ne citer que quelques-unes de ses réussites récentes), sont suffisamment alléchants pour que la suite nous donne déjà envie.

    Car la revue nouveau-ancien genre (en gros : refaire de la cinéphilie - moteur premier et évident de la ligne éditoriale de programmation de ce festival - cet espace de partage et d’échanges, mais avec les moyens d’aujourd’hui) ne faisant pas les choses à moitié, c’est avec une vraie générosité qu’elle met ainsi à disposition des lecteurs n’ayant pu se rendre au festival (ou ceux qui veulent simplement s'y replonger) l’intégralité de la retranscription de la conférence donnée par Champetier, collaboratrice entre autres de Godard, Suwa ou Carax, lors de sa venue au festival. Une conférence certes par moment très technique (la dame connaît son métier et en parle avec une passion qui peut parfois décourager les néophytes), mais fascinante et de laquelle se dégage une véritable et riche pensée de cinéma.

    Car où, au juste, excepté dans ce genre d’endroits hybrides où le temps est encore donné au temps, peut-on lire une directrice photo affirmer sans ambages l’importance absolue à ses yeux de savoir rester un spectateur, à la fois dans une salle mais également sur un plateau (« en occupant cette place, on éprouve presque quelque chose de spirituel. La place du spectateur, qu’il s’agisse de la vôtre ou de la mienne à ce moment précis, est une place de grâce car nous recevons quelque chose. C’est peut-être en ce sens que Godard disait que le cinéma aurait pu devenir un culte »), s’amuser de la voir tacler gentiment Godard qui, en l’engageant la première fois sur Soigne ta droite semblait découvrir qu’une femme pouvait aussi tâter de la technique (« c’est fatiguant de travailler avec un génie ! ») et plus généralement le sexisme sur les plateaux («il y a une certaine tendance sur les plateaux à ériger la caméra en puissance, en puissance phallique pourrait-on dire. C’était en tout cas très net quand j’ai commencé. J’accepte que la caméra soit un organe, mais pour moi, ce serait plus un organe de réception : recevoir et ressentir »)  ou encore vanter les mérites de la myopie (« quand on est myope, on voit les volumes, pas les lignes : on voit la lumière avant les formes ») ?

    Festival – web – rencontre : la nouvelle sainte trinité de la cinéphilie ?

Bon cinéma

Helen Faradji

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