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LE BAZAR DU BIZARRE – par Céline Gobert

2013-07-18

    Réduire Fantasia à ses marées de sang, tueurs et autres joyeusetés maléfiques (des gouffres, des poupées, ou des équations scientifiques), serait une erreur. Avant tout, le festival est un immense bazar du bizarre, et c’est pour cela que l’on a si irrésistiblement envie de s’y plonger : il offre à voir - sinon les frissons attendus - la nouveauté et l’atypique que l’on exige de tout festival qui se respecte.

    Tout l’art du Festival est donc de nous dénicher d’incroyables pépites de cinéma (de genre), et de nous proposer – et ce pour la 17ème fois depuis sa création - un enthousiasmant catalogue où l’étrange côtoie le romantisme, où les ténèbres se font ludiques, où l’on célèbre de toutes les façons possibles ce que l’horreur a de magique, de poétique, de métaphorique. Ce n’est pas un hasard, après tout, si Tarantino himself a qualifié Fantasia de festival « prestigieux».

    Le cru 2013, qui se tiendra du 18 juillet au 6 août prochains, dévoilera 120 longs métrages et 250 courts, dont le premier - Shield of Straw de Takeshi Miike - annonce d’emblée les nuances des semaines à venir : rouge sang et couleur tourbe.

    Au programme : de l’horreur hybride, à la croisée des genres, et une bonne dose d’étrange - loin des carcans prédéfinis. Ainsi pourra-t-on aussi bien pleurer devant le drame de Felix van Groeningen, auparavant auteur du remarqué La merditude des choses (The Broken Circle Breakdown où un couple fait face à la leucémie de son enfant), que se délecter du western avec Ed Harris (Sweetwater de Logan et Noah Miller), ou encore se bidonner devant les Coréens comiques de Secretely Greatly de Jang Cheol-soo et How to Use Guys with Secret Tips signé Lee Wonsuk.

    Entre sa vengeance nippone d’ouverture, et sa comédie britannique apocalyptique de clôture (The World’s End d'Edgar Wright), Fantasia va, comme il le fait si bien, brasser les pays et les genres : troubles adolescents pour l’espagnol Animals de Marçal Forés ou l’américain The Dirties de Matt Johnson, maladie mentale chez l’attendu Magic Magic de Sebastian Silva (avec Michael Cera et Juno Temple), zombies du côté de The Battery de Jeremy Gardner, ou encore animation avec The Garden of Words de Makoto Shinkai pour ne citer qu’eux. Le film de genre, on le sait, peut revêtir mille visages. Même celui du documentaire décalé avec Mistaken for Strangers de Tom Berninger qui a suivi et filmé le groupe The National.

    Parmi ces œuvres dopées au croisement de genres improbables, citons OXV The Manual de Darren Paul Fisher, d’une telle originalité, dans le ton, la forme et l’écriture, qu’il serait criminel de le louper cette année ! Il s’agit là de l’une de ces fameuses belles pépites qui s’autorise à mélanger l’amour à la science pour livrer un bel exercice de style, audacieux, tortueux et torturé, sur le destin et le déterminisme. OXV n’est rien de moins qu’une belle histoire d’amour impossible, matinée de SF et de mélancolie, à la sauce Kazuo Ishiguro, l’auteur de Auprès de moi toujours, romance britannique entre clones tristes. Et l’une des découvertes immanquables du Festival.

    Mais Fantasia, c’est aussi l’occasion de voir du beau monde : le québécois Podz sera là, notamment pour évoquer sa carrière et ses fameux plan-séquences. Bryan Singer, aussi, puisque le cinéaste est présent en ce moment même à Montréal pour le tournage de X-Men: Days of Future Past. Enfin, le prix d’honneur, cette année, sera décerné au cinéaste polonais Andrzej Zulawski qui a maîtrisé en son temps (et à merveille) l’art du crescendo-crise de nerfs (Possession), la singularité des caractères (L’Amour braque) et l’érotico-névrose (La Femme publique).

    Côté Québec, parmi les six films québécois présentés, Fantasia dévoilera Les 4 soldats de Robert Morin, une autre parenthèse au ton unique, sorte de fable, narrée par instants face caméra et qui allie la naïveté du point de vue choisi (celui d’une jeune femme) et l’absurdité de ce qui est vécu (la guerre). Encore une fois, le bizarre prend des allures et formes inattendues : une errance à quatre, très influencée par Beckett, et dont les images léchées de nature, de soleil, et d’eau valent, sinon plus que toute autre chose, le détour.

    La part belle est aussi faite, bien évidemment, au continent asiatique, toujours l’un des plus motivé à innover et nous filer la frousse. Intéressants cette année : le polar Confession of Murder de Jung Byung-gil, le pervers Hello my Dolly Girlfriend de Takashi Ishii, le morbide The Weight de Jeon Kyu-hwam, le littéraire The Great Passage de Yuya Ishii ou le décalé Key of Life du japonais Kenji Uchida.

    Parmi les films dont on dit déjà le plus grand bien dans les couloirs de Fantasia : citons l’israélien Big Bad Wolves de Aharon Keshales et Navot Papushado, l’italien Across the River de Lorenzo Bianchini, et l’irlandais Love Eternal de Brendan Muldowney qui parleront respectivement, et entre autres choses, de serial killer, d’hostilités inconnues dans la forêt et de suicides assistés. Trois films, parmi une centaine d’autres, dont on vous donnera des nouvelles…

    Accompagnez nous donc dénicher ces pépites fantaisistes, fantastiques, fantasiennes… !

Céline Gobert

Tout sur le festival Fantasia au http://www.fantasiafestival.com/2013/fr/

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