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BLOGUE FANTASIA 2 - par Céline Gobert

2013-07-23

FOLIE(S) ORDINAIRE(S)

    Il y a de ces moments, au sein d’un festival aussi culotté que Fantasia, que l’on pourrait qualifier de fous. Où les cris d’une foule de cinéphiles passionnés s’unissent, pour saluer l’acte de courage d’un héros, ou le flot de sang intempestif qui vient inonder l’écran. C’est un peu à ce genre de scène à laquelle j’ai pu assister lors de la projection de Sweetwater de Logan et Noah Miller lorsque l’héroïne se mue en vengeresse du Far West et assène un juste coup de revolver, en plein dans le derrière d'un grossier voyeur.

    Faut dire que les films qui transpirent la folie sont légion à Fantasia, et que Sweetwater ne manquait pas, en soi, d’audace et de délire. À bien y réfléchir, je n’exagérerais pas à qualifier l’œuvre des Miller de néo-western anachronico-féministe. Rien de moins. Car le film, prend à contre-pied les standards patriarcaux de l’époque, et du genre western tout entier, pour offrir les armes à une épouse, sexy et endeuillée. La voir dézinguer du mâle au sein de plans qui rappellent parfois Terrence Malick, dans leur mouvance légère, dans leur lumière crépusculaire, vaut sacrément le détour. Et, on pourrait même avancer qu’au jeu de l’humour saupoudré de cruauté sanglante et de fanatisme exacerbé, les deux réalisateurs s’en sortent même mieux que Tarantino avec son Django. C’est dire s’il fallait être de la partie, dimanche soir. Et ce même si, au-dehors, Montréal donnait à contempler un soleil radieux.

    Fou ce festival, qu’on vous dit. A l’instar d’Alicia (Juno Temple), héroïne sacrifiée du très intéressant Magic Magic du chilien Sebastien Silva, présent sur la Croisette cette année. Le film suit une jeune adolescente californienne qui sombre dans la folie, au fur et à mesure que se déroule ses vacances au Chili. Doté d’une conception aux accents pervers, Magic Magic est un joyau roublard qui propose diverses options de lecture, avant d’opter pour la plus insoupçonnée. C’est un film paradoxal, car à la fois très axé sur l’émotionnel (formellement, le crescendo paranoïaque est orchestré avec grande subtilité), et immensément cérébral. Il y oppose l’irrationnel et la raison, la perception et l’objectivité, via l'habile utilisation de procédés cinématographiques (points de vue, flous, et j’en passe). À la fin, on réalise une chose : Magic Magic ne parle que de peur. De cette peur qui peut nous tuer. Et de celle qui peut tuer autrui. Diablement efficace.

    Enfin, évoquons une autre œuvre folle, Doomsdays d’Eddie Mullins, réjouissante comédie anar, programmée deux fois sur les écrans de Fantasia, et qui se jouera les deux fois à guichets fermés. L’action, au cœur des forêts et des chalets vandalisés, suit deux mecs - un dandy hipster tête à claques d’un côté, et un gros dur pas si dur que cela de l’autre - qui en n’ont rien à foutre de rien. Ce sont des ‘no future’ d’un genre nouveau, sorte de post punks hantés par les promesses médiatiques d’une apocalypse prochaine qui ne font rien d’autre qu’entrer par effraction dans des chalets luxueux et consommer tout ce qui leur passe sous la main. Film fou à l’emballage ultra contemporain (le consumérisme nihiliste), Doomsdays capte, et envoie valser tout à la fois, les angoisses de toute une génération, l’absurdité de l’existence et du système. C’est surtout très drôle, ça carbure au je m’en foutisme et au cynisme le plus fin. Comme disait Erasme, « c’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous.» À Fantasia, tout le monde - films, public et programmateurs- semble d’accord.

Céline Gobert 

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