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BLOGUE FANTASIA 3 - par Céline Gobert

2013-07-30

LA CHAIR VIOLENTÉE

    « Big Bad Wolves !», « Big Bad Wolves!», pouvait-on entendre résonner dans la salle de l’Impérial vendredi soir. En effet, sur un défi lancé par les deux réalisateurs du film israélien, Aharon Keshales et Navot Papushado, le public a scandé le titre du film, en chœur, pendant une bonne poignée de secondes. Comme assoiffé par la promesse de la violence à venir.

    Le film raconte les enlèvements de fillettes, les sévices qu’elles ont subies, et la séquestration du présumé serial killer. Après un beau générique qui puise dans l’enfance (et dans les contes de fées associés) à la fois sa grâce et sa cruauté, l’œuvre se fait plus mainstream (et cousue de fil blanc) bien qu’elle distille de ça et là de joyeux emprunts aux Coen - par ses accents d’humour noir - et au cinéma de Tarantino, pour la manière d’exposer sa violence et ses scènes de torture. Quoi qu’il en soit, le film entamait déjà, dans un sens, la grande réflexion du week-end sur la représentation de la violence sur grand écran et la fascination qu’exerce cette dernière sur le public. C’est un peu de là qu’est née la légende urbaine des «snuff movies», d’ailleurs. L’offre et la demande. Et une possibilité que les choses dégénèrent. Sujet évoqué dimanche après-midi dans la salle J.A de Sève.

    Simon Laperrière, programmateur à Fantasia, en connaît un rayon sur la question. L’hiver dernier, il a co-écrit un essai sur le snuff avec Antonio Dominguez Leiva. Un écrit qu’il est venu présenter au public, avant la projection du documentaire eighties The Killing of America de Sheldon Renan, ce dimanche. Rencontré à l’issue de la conférence, Simon Laperrière a confié penser que le genre ‘torture porn’ (Hostel, pour ne citer que lui) a crédibilisé la légende urbaine du snuff movie (dont l’existence n’a jamais été prouvée). « S’il y a un public pour Hostel, il n’y a qu’un pas pour se dire que ce public-là pourrait potentiellement, selon certaines personnes, être intéressés à voir de vraies morts.» En tout cas, la salle, venue l’entendre évoquer le sujet de ces films - qui immortaliseraient donc de vrais meurtres et autres sévices sur pellicule - était pleine.

    Et il fallait avoir le cœur accroché pour visionner les quelques minutes des faux snuffs montrés à l’écran. Malgré des effets gore plutôt cheap et un amateurisme évident, l’idée latente que le snuff pourrait bel et bien exister provoquait à elle seule frissons et hauts le cœur.  Pour Simon Laperrière, il a même été « très difficile d’être confronté à la possibilité de cette cruauté». Lorsqu’il s’est plongé dans l’univers plus sombre que sombre des snuff movies, il a du « accepter cette part de noirceur» inhérente à l'humanité.

    Loin de ces possibles dérives, le festival Fantasia, quant à lui, dévoile une violence bien évidemment fictionnelle, qui ne cesse - en filigrane, et même au cœur des films les plus fun - de s’interroger sur la représentation de la noirceur humaine à l’écran, de ses noirs penchants, de ses obsessions morbides. Comme l’a fait cette fin de semaine l’irlandais Love Eternal de Brendan Muldowney, dont l’anti-héros fait d’un cadavre de jeune suicidée sa compagne. Comme le fera, mercredi soir, le canadien (et moyen, hélas) Antisocial de Cody Calahan, en mixant avalanche de profils de médias sociaux et déferlante de pulsions violentes. L’exposition obscène des chairs, dans la société, sur l’internet, mêlée à l’isolement grandissant de l’individu, ont contribué à cette quête du « frisson», à ce retour, à ce 'désir' pourrait-on dire, d'une horreur ultra réaliste. Un constat qui laisse à penser, qu’effectivement, le snuff – également extension sordide et sadique d’un certain cinéma pornographique- pourrait éventuellement trouver preneurs dans un monde où l’Eros et le Thanatos sont sans cesse questionnés, déstabilisés, violentés. Antisocial, d'ailleurs-  qui porte ironiquement bien son nom - sera joué à guichets fermés.

Céline Gobert 

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