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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LA DÉCLARATION

2013-08-01

    Des espaces qui se réduisent comme peau de chagrin au bénévolat quasi-imposé, des remarques lapidaires qui préfèrent le choc au fond aux pavés que personne ne prend plus le temps de lire, le métier de critique de cinéma est assurément dans une drôle de phase. Celle où il vacille, certes, mais celle aussi où il peut se reconstruire, se refaçonner, retrouver dans ses racines mêmes cette vigueur qui semble parfois manquer.

    En guise d’encouragements, petite compilation, sans ordre ni logique, de quelques réflexions glanées ici et là, au gré de lectures estivales.

    « La beauté est partout, mais d’abord dans l’âme de celui qui regarde » - Pierre Perrault

    « L’expression d’une opinion négative à propos d’un film atteignant un nombre important d’entrées constitue pour le critique la faute professionnelle la plus impardonnable (…). En matière de cinéma, en tout cas, les spécialistes ou prétendus tels font l’objet d’un tel mépris que certains d’entre eux s’acharnent à mériter en se couchant devant tous les pouvoirs » - Pascal Mérigeau

    « Être critique, c’est déjà faire des films : être critique, c’est construire une représentation du monde où la volonté et la pratique du cinéaste sont déjà là » - Antoine de Baecque

    « Critiquer, c’est comprendre les films, mais surtout la manière dont le monde qu’ils expriment s’emboîte dans le monde qui les entoure. Être critique, c’est être lucide » - Serge Daney

    « À force de s’empêcher de dire du mal des mauvais films, on finit par les trouver bons » - Pascal Mérigeau

    « Et si le cinéma n’existait que si on le parle ? » - Gilles Jacob

    « Si tribunal il y a, la critique préfère le rôle d’avocat de la défense à ceux de procureur ou de juge, parce que le plus intéressant est l’argumentation, la plaidoierie et non le verdict, la sentence ou la distribution de prix » - René Prédal.

    « La critique, c’est l’art d’aimer » - Jean Douchet

    « La critique, comme la poésie, est une chose indispensable bien que nul ne sache exactement à quoi » - André Bazin

    « La critique est la conscience du cinéma et le cinéma lui doit d’avoir conscience de lui-même » - André Bazin

    « Il n’est pas bon de s’installer dans une attitude purement passive qui consiste à voir des films et à n’en rien faire » - André Bazin

    « La critique n’est pas un métier, mais une fonction à exercer entre deux actes de création » - Charles Baudelaire

    « Une critique, c’est intéressant si c’est autant une œuvre d’art que ce dont ça parle, ou des fois même supérieur » - Maurice Pialat

    « Critiquer, c’est mettre en crise » - Roland Barthes

    « Un article de cinéma, pour faire empreinte doit être plaisant à lire, transmettre une vibration, vibrer soi-même » - François Forestier

    « Il y a des films inépuisables » - François Truffaut

    « Tout film est un documentaire sur son tournage » - Truffaut

    (Le plus beau, ce sont) « les images-icebergs : ce que l’on voit et ce que derrière, on peut imaginer et rêver » - Jean Collet

    « Le rôle du critique est d’être au service de l’œuvre et non pas de se servir de l’œuvre » - Michel Ciment

    « On peut écrire un papier brillant, mais il ne faut pas briller soi-même par rapport au film » - Pierre Murat

    « Être critique consiste désormais, de diverses façons, à faire passer les films : vers les lecteurs, vers les autres films, vers la communauté des cinéphiles, vers les idées venues des autres arts, vers les métaphores du monde » - Antoine de Baecque

La suite au prochain épisode

Bon cinéma et bonne critique

Helen Faradji

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Vos réactions (2)

  1. À mes yeux, le rôle de la critique est d'établir un dialogue entre l'oeuvre et son public. Mais pour qu'un dialogue soit fructueux, il faut qu'il soit engagé dans une langue commune à tous ses participants. Le drame de la critique, c'est qu'elle s'adresse à un public largement analphabète qui ne connaît ni ne comprend les codes et le langage cinématographiques. Il faudra que les programmes scolaires intègrent le cinéma, à défaut de quoi tout un patrimoine risque de disparaître par manque d'intérêt et par ignorance. Parmi les jeunes générations gavées de gros machins hollywoodiens en 3D gonflés aux méga effets spéciaux explosifs et aux vedettes bien peignées, combien seraient capables d'apprécier pleinement les chefs-d'oeuvre de Fellini, Fritz Lang, Carné ou Renoir, ou même ceux de Gilles Groulx et de Claude Jutra? Les critiques ont souvent des références que le grand public ne comprend pas. Les films de super-héros, de courses-poursuites et de schtroumpfs extra-terrestres deviendront-ils la norme pour juger la valeur des oeuvres cinématographiques de demain?

    par Pascale Cormier, le 2013-08-01 à 08h09.
  2. Madame Cormier, vous avez en partie raison et le prof / critique de cinéma que je suis pourrait en témoigner. Dans un monde de plus en plus analphabète fonctionnel où la recherche de connaissance et de compréhension se résume trop souvent à copier/coller de Wikipédia (même à l'université!), le drame de l'impossibilité de dialogue reste entier. Je ne parle pas la même langue que les étudiants et n'ai pas les mêmes références qu'eux, que ce soit cinématographique, culturelle ou historique. Quand un étudiant de fin de cégep ou début de bac demande: c'est quand ça, madame, la Première Guerre mondiale, je suis un peu beaucoup découragée, je l'avoue. Mais cela devrait-il suffire à justifier de ne plus prendre la parole et à accepter de se conformer au discours à vide de ceux qui ont le pouvoir et le fric et n'envisagent le monde qu'en termes de profits immédiats? Je ne crois pas. Parmi ces "jeunes analphabètes", il y a les Ciment, Truffaut, Groulx et Godard de demain. Et l'on en rencontre parfois un au détour d'un corridor, qui a cet appétit de connaître et savoir, qui vous écrit un texte à couper le souffle, et vous vous dites, ému: prof ou critique, le métier de passeur que je fais n'est pas totalement vain. C'est le jour où l'on acceptera de couper les canaux de transmission que le vrai drame adviendra. En cela, je suis assez d'accord avec la citation de de Baecque qui clôt ce premier volet de citations (merci de les avoir colligées). Il ne faut pas oublier que les Anciens se navraient déjà de la désinvolture et de l'ignorance de la jeunesse écervelée. Elle n'est pas pire aujourd'hui qu'hier. Elle n'a simplement pas tout à fait le même visage. Notre société obsédée de jeunesse lui accorde peut-être un peu trop d'importance, mais ils ne sont ni pires ni meilleurs que ceux du passé. À cet égard, je crois que Xavier Dolan devrait vous donner un peu de courage dans l'avenir de l'art cinématographique. Et il y a quelques plumes d'anciens étudiants dont je dois avouer être fière.

    par Marie Claude Mirandette, le 2013-08-13 à 10h28.

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