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LA VIE EN ROSE - Critique d'Helen Faradji

2007-11-15

La vie en rose

    Piaf. La môme. Monument de la chanson française. Des gestes sur scène à faire pâlir d’envie une mama italienne. Une voix à crever les cœurs. Piaf, petit oisillon des rues devenue aigle du micro. Une légende.

    Le cinéma s’était déjà payé la visite obligatoire du site historique. C’était sous la direction de Claude Lelouch en 1983, dans Edith et Marcel, et Evelyne Bouix se tapait l’ingrat boulot de faire revivre la dame en noir. Aujourd’hui, en 2007, c’est sous la houlette d’Olivier Dahan que le mythe reprend des forces.

    Pourtant, dieu sait qu’on ne l’attendait pas aux commandes de ce film-monstre, Dahan. Déjà mort, Le petit Poucet, Les Rivières Pourpres 2, pas exactement une filmographie de rêve, ça. Rien non plus pour le prédestiner à grimper cet Everest. Rendons à César…, vue l’ampleur de la tache, il ne s’en sort pas si mal.

    Il faut dire que la vie de Piaf fut loin d’être un long fleuve tranquille de gloire, d’art et de fortune, un parcours prêt-à-filmer. Non, Piaf, ce sont plutôt l’enfance misérable dans les rues de Belleville au début du siècle, la maison close de grand-maman, un papa artiste de cirque fauché, la manche dans la rue, un amour de cinéma fauché en plein vol et l’alcool et la morphine en guise de cache-misère. Mais c’est plutôt par touches impressionnistes, évitant de s’appesantir dans un pathos déplacé que Dahan dépeint cette vie, volant de l’enfance de la môme à ses éclats new-yorkais, de son lit de mort à son adolescence, de sa grandeur à sa déchéance sans souci de respecter une quelconque linéarité chronologique.

    Et si l’ensemble se fait parfois un peu trop succession de tableaux léchés présentant chacun à son tour une vedette venue faire son petit tour (de Depardieu à Emmanuelle Seigner, en passant par Sylvie Testud et Pascal Gregory, le who’s who du cinéma français est présent), le rythme de l’œuvre, lui, en devient prenant, évitant le piège du biopic en 3 actes prévisibles. Évidemment, ce choix narratif escamote aussi quelques passages importants de la vie de Piaf, laissant au spectateur le libre plaisir de combler les trous (Moustaki, Montand et Aznavour, essentiels dans le parcours de la môme sont ainsi à peine effleurés)

    Mais La vie en rose ne serait rien sans celle qui le porte de bout en bout, avec une présence assez soufflante : Marion Cotillard. Il y a quelque chose de magique dans sa prestation. Car si ses gestes outrés, maniérés et sa gouaille trafiquée agacent dans la première demi-heure du film, c’est tranquillement, petit à petit, que la métamorphose a lieu sous nos yeux. Comme un papillon sortant de sa chrysalide, Cotillard devient Piaf, jouant aussi bien l’exubérance de ses 20 ans que la misère physique et morale de ses 47 ans (l’âge de sa mort, elle en paraissait 87).

    Lui donnant vie jusqu’au bout des ongles sans jamais l’imiter, Cotillard joue tout avec la même intensité, la même gravité faisant dès lors de Piaf ce personnage plus grand que nature, avec ses bonheurs et ses failles, ses gouffres et ses douceurs. Et dans quelques moments de grâce, comme cette joie d’enfant qui frétille dans ses yeux lors de sa première rencontre avec Marlène Dietrich ou cette souffrance pure qui démantibule son corps lorsqu’on lui annonce la mort de son amoureux, le boxeur Marcel Cerdan, on peut furtivement lire un des plus beaux hommages qu’on ait pu rendre à la môme Piaf.

Helen Faradji

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