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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

HOLLYWOOD FATIGUE, LES AUTRES ONT DE LA PLACE

2007-11-22

HOLLYWOOD FATIGUE, LES AUTRES ONT DE LA PLACE

    Hollywood est, nous le savons tous, paralysé par la grève. Du coup, les fonds de panier, qu’on gardait cachés quelque part sur une étagère poussiéreuse, débarquent en masse en tentant de combler le vide. Mais nous ne sommes pas dupes, et il faudrait bien plus que l’évocation de la magie de Noël pour nous faire approcher de ce This is Christmas de Preston Whitmore et bien plus qu’un violon langoureux joué par un miséreux dans les rues de New York pour nous guider vers ce August Rush de Kristen Sheridan. Il faudrait encore beaucoup plus que la présence de Susan Sarandon que l’on plaint sincèrement pour nous donner envie de tâter de ce Enchanted, nouveau conte de fées made in Disney où animation et réalité se mélangent avec la frénésie propre aux bambins le soir de Noël.

    Toujours à Hollywood, cette fois du côté plus violent, on s’amusera de la coïncidence : 2 français, Frank Darabont et Xavier Gens, s’y ébattent comme deux canards en liesse en adaptant Stephen King pour le premier (The Mist où un homme et son fils sont coincés dans un supermarché par…du brouillard) et un jeu vidéo pour le second (Hitman où un tueur à gages est piégé par son agence, Interpol et les services secrets russes, parlez-moi d’une aventure). Rien de bien excitant ici non plus.

    Puisque le tableau ici peint par Hollywood laisse une place bien propre et bien nette aux autres sorties, profitons-en avec allégresse. Peut-être moins avec Redacted, nouvel opus de Brian de Palma mêlant fiction et réalité autour d’un groupe de soldats stationnés en Irak (on se rappellera que l’expérience, déjà tentée, par Michael Winterbottom dans The Road to Guantanamo, flirtait dangereusement avec le désastre), mais beaucoup plus certainement avec Before the Devil Knows you’re dead. À 83 ans, Sidney Lumet y donne une véritable leçon de jeunesse au polar, naviguant entre le drame familial et la tragédie grecque avec une maestria aussi fringante qu’époustouflante. Quand on sait, en plus, qu’il y laisse le grand Philip Seymour Hoffman et l’étonnant Ethan Hawke viennent y faire un poignant numéro de frères en déroute, on court se frotter à cette leçon de cinéma.

    Peut-être plus mineur, mais néanmoins aussi intéressant que satisfaisant, on se gardera une place pour Nue propriété, du belge Joachim Lafosse. Là encore, l’implosion d’une cellule familiale vient secouer nos coeurs, sans toutefois avoir recours au prétexte du polar. Mais avec son arsenal de plans fixes tendus, de plans-séquences maîtrisés et sa direction d’acteurs impeccables (évidemment, avec des machines comme Isabelle Huppert et Jérémie et son frère Yannick Rénier, les choses sont facilitées), ce petit film est la belle surprise de la semaine.

    Même coup au coeur du côté de la Hongrie dont nous vient cette semaine Taxidermia de György Palfi (Hic). Film à sketches ultra-chouchouté en festival, le film tant attendu débarque enfin dans nos salles (pour une toute petite semaine au cinéma du Parc, dépêchez-vous) pour nous faire découvrir les destins tordus et tordants de 3 hommes. Baroque, brusque, provocateur, fulgurant, radical : Palfi s’affirme comme un des créateurs les plus originaux et les plus décalés du cinéma contemporain.

    Tiens, décalé. Le mot convient aussi au second long-métrage de l’ancien confrère critique Denis Côté, Nos Vies privées. Deux bulgares en pleine campagne québécoise, un festival du cochon, quelques étrangetés, deux acteurs d’une remarquable solidité (Anastassia Liutova et Penko S. Gospodinov) et surtout le regard fascinant et personnel d’un cinéaste en train de se développer sous nos yeux. Pour  en savoir plus, voir l’excellent texte de Gérard Grugeau à ce sujet dans le dernier numéro de la revue 24 Images.

    En restait un, terrible et honteux, honnête et droit, à qui l’on donne plus que volontiers le titre de film de la semaine : Le peuple invisible, nouvelle réalisation de Richard Desjardins et Robert Monderie.

Bon cinéma.

Helen Faradji.

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