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3:10 TO YUMA - Critique de Robert Daudelin

2008-01-10

3:10 TO YUMA DE JAMES MANGOLD

    Remake du très beau film éponyme de Delmer Daves de 1957, 3:10 to Yuma est une sorte d’incongruité dans le cinéma américain actuel. Servi par une mise en scène solide, le film se veut explicitement un hommage au western classique – ce qui était déjà un peu le cas du film de Daves qui, cinq ans après le High Noon de Zinnemann, et malgré son psychologisme appuyé, reprenait des thèmes classiques et utilisait astucieusement l’unité de lieu. Mais la chose est-elle encore possible ? Si Clint Eastwood répond « oui » avec son admirable Unforgiven, c’est qu’il est le digne héritier de John Ford qui lui-même, aussi tardivement que 1962, pouvait signer The Man Who Shot Liberty Valance, chef-d’œuvre s’il en est, dont le beau noir et blanc renvoyait nécessairement aux origines du genre. James Mangold, très estimable réalisateur de Walk the Line, appartient à une autre génération : il a vraisemblablement aimé les westerns psychanalysants d’Arthur Penn (et le non moins psychanalysant One-Eyed Jacks de Marlon Brando) et assurément les films référentiels de Sergio Leone, et la réponse qu’il propose est pour le moins ambiguë.

    Le film de Mangold n’hésite pas à reprendre les invraisemblances de la version originale (le revirement final du tueur notamment), y ajoutant l’humour et des dialogues tongue in cheek qui créent une distanciation peu productive dans un film de genre et qui plus est veut célébrer le genre en question. Le filmage steadicam et la musique à la Morricone sont pourtant là pour nous rappeler que nous sommes en 2007 et qu’à moins de regarder du côté de la série télévisée Deadwood, le western, malheureusement, est désormais un anachronisme.

    Reste un travail estimable, un casting où, comme dans tout western qui se respecte, les « gueules » abondent (dont celle, troublante, de Peter Fonda) et à nouveau une image du travail (le fermier et son troupeau, les Asiatiques perçant le tunnel du chemin de fer conquérant) à une époque où l’Amérique, comme disent les Européens, se construisait, dans le désordre, la violence et l’élimination (en Arizona comme ailleurs) des Premières Nations.

Robert Daudelin

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