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PERSÉPOLIS - Critique de Juliette Ruer

2008-01-10

PERSÉPOLIS DE MARJANE SATRAPI ET VINCENT PARONNAUD

    C’est vrai que le phénomène est toujours étonnant. Comment l’émotion vient du trait le plus simple. Un tableau moderne qui semble vide, le tracé unique d’une calligraphie ou le visage en 3 lignes d’un bonhomme de Sempé. Ceux qui font dans le minimal sont des géants. On se dit alors qu’on marche à rien, qu’on invente tout; qu’on se bouleverse tout seul ! Parfois oui. Mais l’art reste la base. Persépolis, par exemple : la BD autobiographique de Marjane Satrapi  est une œuvre complète, voué à un culte instantané depuis sa création en 2000. Le tracé noir et blanc a fait le tour du monde en 4 albums. On a vu comment le dessin est un support parfait pour un texte fort, et comment l’histoire d’une jeune iranienne est devenue universelle. Le cinéma a donné son langage et des ailes à Persépolis. Et nos émotions ont décuplé.
 
    Persépolis est l’histoire d’un parcours qui rappelle que chaque individu compte, tout le temps, et qu’il est constamment bouleversé par le non sens de la vie. Enfance choyée, parents aimants, souvenirs tendres, rébellion adolescente, amitiés et amours sont mis en péril par la dictature, la montée de l’islamisme, la guerre, l’exil, les privations et les morts. Marjane Satrapi, à la fois actrice (celle qui vit) et auteure (celle qui a le recul), a crée un condensé ultra lucide, rare et à hauteur d’homme de la situation européenne et moyen-orientale des 30 dernières années. Le film se voit comme on écoute attentivement une chanson de 3 minutes. Il fait le tour du sujet.

    Superbe animation où tout vise à l’épure la plus compréhensible. Tout y est. Et en une seule séquence, des émotions contradictoires se rejoignent. Par exemple, dans une scène de retour d’une soirée à Téhéran pour la famille Satrapi, où les sbires des Ayatollahs fouillent les marques de l’Occident dans chaque recoin, on tremble pour Marjane et sa grand-mère qui doivent se dépêcher de cacher les bouteilles d’alcool de la maison, mais on sourit du caractère trempée de la mamie. Et puis on rigole de la débilité de la situation pour, au final, être accablé de tristesse. Le cas est en effet triste à pleurer quand l’humain s’humilie volontairement par crainte de représailles.

    Des acteurs de chair et d’os auraient éteint le feu de Marjane Satrapi. Son dessin en relief a pris de la puissance. On sentirait presque les fleurs de jasmin dans le giron de cette grand-mère souveraine ! On se dit alors que c’est normal d’embarquer pour un trait universel. 

Prix du jury du 60ème Festival de Cannes

Juliette Ruer
 

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