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AMERICAN GANGSTER - Critique d'Helen Faradji

2008-02-28

BON DEALER, BAD COP

    On ne s’en sortira pas, et c’est tant mieux. Le crime reste aujourd’hui encore une des sources d’inspiration les plus vibrantes du cinéma, notamment américain. Et quand Ridley Scott, loin d’être un mauvais faiseur, décide de faire son Michael Mann (Heat) en construisant son film autour de l’affrontement mythique entre deux des acteurs les plus physiques du moment (Denzel Washington et Russell Crowe), on est logiquement en droit d’espérer beaucoup d’American Gangster.

    Reconstitution ambitieuse du Harlem du début des années 70, le film suit donc le jeu du chat et de la souris auquel se livrent Frank Lucas, un baron de la drogue aux ambitions démesurées (il ramène son héroïne du Vietnam dans les cercueils des soldats morts) mais à l’attitude stricte et Richie Roberts, un des derniers flics intègres de la police de New York, à la vie de famille chaotique. On l’aura compris, c’est ici le principe d’opposition binaire qui règne en maître. Le bon n’est pas si bon, rejouant avec sa femme la partition de Kramer Vs Kramer tandis que le méchant, lui, distribue des dindes à tout son quartier à Noël et tente d’agir systématiquement en bon père de famille chrétien. Thèse, antithèse, synthèse : la dialectique d’Eisenstein n’est pas si loin.

    Signé Steve Zaillian (Schindler’s List, Gangs of New York) et inspiré d’une histoire vraie, le scénario d’American Gangster tente donc d’éviter tout manichéisme. L’ambition est noble, mais paraît pourtant parfois forcée. Russell Crowe et Denzel Washington n’y sont pour rien, chacun interprétant avec conviction et prestance les rôles qui leur sont assignés, plongeant avec force dans les bas-fonds new-yorkais pour en ressortir enivré de sa propre célébrité pour l’un, appâté par sa propre rédemption pour l’autre.

    La mise en scène de Ridley Scott, elle, est davantage en faute. Collant son nez sur toutes ses actions, jamais assez ample pour réellement observer, n’évitant pas le piège du cliché (et notamment dans l’absence assez abyssale de rôles féminins dignes de ce nom), son American Gangster paraît alors se vautrer dans une violence brute souvent complaisante tout en cachant son manque singulier de charisme sous une avalanche de références au cinéma séminal américain des années 70. Mais depuis Scott, il y a, entre autres, eu James Gray (Little Odessa, The Yards, We Own the Night). Et si le premier emprunte au second son sens des ombres et des tonalités marrons et gris aciers, rien n’y fait, Scott n’a ni le sens du réel, ni le sens de la tragédie de son jeune collègue. Et dieu, sans réalité, ni tragédie, que le monde criminel paraît vide.


Helen Faradji

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