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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

CÉSARS, OSCARS ET AUTRES RÉCOMPENSES...

2008-02-28

CÉSARS, OSCARS ET AUTRES RÉCOMPENSES...

    Comment ne pas se sentir comblés en cette semaine post-récompenses. Du côté français, le magnifique, le sublime, celui pour qui on userait volontiers tous les superlatifs du monde, La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche (L’esquive) a raflé la mise tandis que du côté paillettes, l’honneur est revenu au mortifère et tendu No Country for Old Men des frères Coen. Des récompenses aussi méritées qu’à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de son cinéma. Reste à voir si dimanche prochain, les Jutra sauront eux aussi se mettre au niveau. Croyez-nous, on vérifiera attentivement.

    Plus local, mais tout aussi joli, c’est le palmarès des Rendez-Vous du Cinéma Québécois qui se dévoilait ce week end. On retiendra notamment le prix Pierre et Yolande Perrault du meilleur espoir documentaire remis à Up the Yangtze de Yung Chang, le prix Vidéographe à Dépendance d’Isabelle Lécuyer et les prix remis par l’Association Québécoise des Critiques de Cinéma à Dust Bowl Ha! Ha! De Sébastien Pilote (meilleur court / moyen métrage de fiction), à Sans réserve de Patrick Pellegrino et Québec, lieu de passage de Martine Asselin et Éric Martin (meilleurs courts/moyens documentaire) ainsi qu'à Continental de Stéphane Lafleur (meilleur long métrage québécois 2007). Tout le palmarès est ici http://www.rvcq.com/pages/festival/nouvelles.php?iID=21

    Ensevelis sous ces prix à la pelle, trouverons-nous l’énergie et le temps de nous consacrer à nos sorties de la semaine? Rassurons-nous, ni Semi-Pro, nouvelle comédie sportive navrante en forme de chant du cygne de Will Ferrell plongée dans les années 70, ni le drame en costumes froufroutants The Other Boylen Girl où Natalie Portman et Scarlett Johansson rivaliseront de leurs décolletés pigeonnants, ni enfin Penelope de Mark Palansky où pour rompre un mauvais sort familial, Christina Ricci devra trouver le grand amour, ne nous épuiseront, c’est garanti.

    On accompagnera par contre volontiers les têtes blondes à la projection des Trois brigands, film d’animation adapté du joli conte de Tomi Ungerer par Hayo Freitag qui nous entraînera sur les traces de Tiffany la pauvre mais rusée petite orpheline. Là encore, peu de fatigue, mais assez de charme pour nous séduire.

    Quant à Contre-enquête de Franck Mancuso où Jean Dujardin rejoue la partition du vengeur à la Charles Bronson, le verdict sera beaucoup plus rapide, vus les relents de fable ultra-violente et réactionnaire décelés par la critique outre-Atlantique. On passe.

    Peut-être plus de surprises à attendre de City of Men du brésilien Paulo Moreli, vision des favelas de Rio de Janeiro, bien que le surf sur la vague du succès de City of God (on parie sur le prochain titre? City of dogs? City of boys? City of sun?)  paraisse bien trop évident

    Il faudra par contre garder tous ses neurones bien attentifs devant La société du spectacle, documentaire de Guy Debord, adapté de son livre éponyme. Un livre visionnaire et sans concession qui démontait un à un les mécanismes de notre belle société de consommation et un film que Debord résumait lui-même ainsi dans sa bande-annonce : Vous pourrez voir prochainement sur cet écran LA SOCIETE DU SPECTACLE. Et ultérieurement, partout ailleurs, sa destruction. Et vlan dans les dents.

    Même attention requise devant Les témoins d’André Téchiné, où Emmanuelle Béart, Michel Blanc et Sami Bouajila tout fraîchement césarisé se débattent comme ils peuvent devant l’arrivée massive et destructrice du Sida dans les années 80. Techiné se perd, étire parfois la sauce inutilement mais réaffirme encore une fois son indéniable talent à éviter toute bouillabaisse sentimentale complaisante en composant des personnages complexes et attachants, multi-dimensionnels et contradictoires, justes et dignes.

    Digne, c’est également le mot qu’il convient d’employer devant Adagio pour un gars de bicycle, documentaire de Pascale Ferland présenté en clôture des derniers Rendez-Vous du Cinéma Québécois et magnifique évocation de la vie du cinéaste René Bail où la pudeur et l’intelligence passionnée rivalisent avec tendresse. Évidemment, notre film de la semaine.

Bon cinéma

Helen Faradji

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