Format maximum

Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

QUE PEUVENT DEUX BOXEURS CONTRE UN GUS VAN SANT ?

2008-03-06

QUE PEUVENT DEUX BOXEURS CONTRE UN GUS VAN SANT?

    Pendant que les théories du complot de Marion Cotillard nous font doucement rigoler, pendant que Sophie Marceau fait sa courageuse en quittant un plateau où était invité Jean-Marie Le Pen, et avant que nous ne célébrions notre cinéma conforme aux règles de la morale, le plus meilleur du monde nous rappellera-t-on sûrement lors de la prochaine soirée des Jutra (9 mars), notre semaine cinéma suit son petit bonhomme de chemin, dominée pour ne pas dire ensevelie sous la promotion massive du soi-disant « premier film de boxe » québécois La ligne brisée. Ca ne nous aura pas empêché de lire dans cette même liste hebdomadaire le nom d’un des cinéastes les plus palpitants des 10 dernières années.

    Commençons pourtant par la récolte de navets qui pourrait bien cette fois nous faire tomber sur  College Road Trip où Martin Lawrence accompagne sa progéniture chérie choisir son université sur les routes américaines. Soupir de découragement. Le même d’ailleurs que pour 10 000 BC où Roland Emmerich, M. Independance Day lui-même, sa délicatesse toute germanique en bandoulière, plonge en pleine préhistoire pour suivre les aventures épiques et garanties virtuelles d’un jeune chasseur de mammouths. On en frissonne d’avance.

    Quant à cette fameuse Ligne brisée, autant le dire, Louis Choquette, réalisateur de téléromans y fait ce qu’il fait le mieux, c’est-à-dire de la télé aux couleurs dessaturées (voyez la modernité) tout en construisant un véritable monument d’invraisemblances où malgré leurs prestations physiques, David Boutin et Guillaume Lemay-Thivierge se voient en outre affublés de personnages à l’épaisseur psychologiques et à l’intensité dramatiques d’huîtres d’eau douce. Un sommet dans son genre.

    Beaucoup plus mignon, la Visite de la fanfare d’Eran Kolirin, succès surprise de l’année 2007 qui nous arrive enfin et qui relate avec délice l’arrivée d’une fanfare égyptienne en Israël. Pas de quoi alerter le comité des chefs d’œuvre, mais un film charmant et bien-pensant où l’immense tragédienne Ronit Elkabetz joue une partition beaucoup plus légère qui lui sied à merveille. De quoi le préférer sans doute à Miss Pettigrew lives for a day où une américaine très showbizz se lie d’amitié avec une gouvernante très vieille Europe. Malgré la présence trop rare de Frances McDormand, on passe notre tour.

    Pas comme devant Ceux qui restent d’Anne Le Ny, précédé de jolis bruits mais que l’on a malheureusement raté et où Vincent Lindon et Emmanuelle Devos font le pied de grue dans un hôpital en attendant le meilleur. Joli petit succès en France, une nomination aux césar et des critiques qui louent unanimement l’absence de pathos. De quoi nous mettre l’eau à la bouche, donc.

    Quant à The Bank Job de Roger Donaldson, petit thriller adapté d’une histoire vraie, sa plongée dans la corruption londonienne via la découverte d’un petit bandit de seconde zone pourrait surprendre. On connaît le talent des anglais à déboulonner férocement leurs mythes.

    Mais que pouvaient tous ces films devant le film le plus attendu de la semaine, voire du mois, Paranoid Park dernier opus de Gus Van Sant, enfin à nos portes? Rien. Et ce n’était pas trop tôt!


Bon cinéma

Helen Faradji

Publier sur twitter Partager

Vos réactions (0)

Soumettre une réaction

  *Votre courriel ne sera pas publié et est demandé seulement à titre de référence.