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PARANOID PARK - Critique d'Helen Faradji

2008-03-06

AILLEURS QU’AU PARADIS, LES ANGES PEUVENT-ILS ÊTRE HEUREUX?

    Un nouveau film de Gus Vant, ça s’attend, ça s’anticipe, ça se découvre avec émotion avant d’être dégusté avec bonheur. Parce qu’il y a eu Last Days. Parce qu’il y a eu Gerry. Et puis bien sûr parce qu’il y a eu Elephant. Des films majeurs qui ont, chacun à leur façon, redéfini notre rapport au monde, notre envie de cinéma. Autant dire que la sortie de ce Paranoid Park, adapté du roman de Blake Nelson et présenté au dernier festival de Cannes où il donna l’occasion à son cinéaste d’un prix spécial du 60e anniversaire, était attendue.

    Peut-être alors aurait-il fallut ne pas s’attendre à tant, ne pas espérer cette expérience singulière et quasi-mystique pour ne pas sentir cette légère pointe de déception devant Paranoid Park? Peut-être. Mais ce drôle de sentiment que le film ne nous montre rien de si nouveau sous le soleil de Portland est bel et bien là.

    Car Paranoid Park, d’une perfection visuelle à couper le souffle, semble en effet manquer de cette distance, de ce recul qui permettaient aux autres films de Van Sant de devenir de magnifiques objets hypnotiques et transcendants. On rétorquera que justement, le film plonge directement dans les états d’âme du jeune Alex (Gabriel Nevins) pour mieux nous faire saisir son envie de s’échapper d’un monde dans lequel il ne sait que faire de ses actions. De ce point de vue, le film est certes convaincant. Terrifiant, même, tant le gamin esquive toute responsabilité, toute culpabilité après son geste fatal pour fuir dans l’indolence. Est-ce cela notre monde? Un endroit flottant, confus, multipliant flash-backs et flash-forwards et ressemblant étrangement à des limbes dans lesquels se seraient égarés des anges?

    Reste que ces angelots érotisés, ces errances sublimement rendues, en bref ces obsessions de l’auteur, finissent par tourner à vide. Le boucle est bouclée. Van Sant fait des images ultra-van santiennes s’auto-citant à foison, les fans sont heureux, l’histoire et l’observation atteignant si souvent chez l’auteur une métaphysique restent en rade. Bien sûr, on se délectera tout de même de ces plans, mi 35mm, mi 8mm, si magnifiquement composés, si magnifiquement regardés par le cinéaste et son nouveau bras droit, piqué à Wong Kar Wai, le directeur photo Christopher Doyle. On se laissera notamment subjuguer par une scène de douche à la limite de l’insupportable tant elle est belle. On s’esbaudira aussi des choix musicaux, si surprenants et pourtant si organiques, comme dans ce clin d’œil jouissif à Nino Rota. Mais on n’empêchera pas le soupir de l’amoureux, légèrement déçu de voir ainsi son cinéaste l’emmener en promenade sur un chemin déjà arpenté mille fois, de le voir passer juste à côté de cet état de grâce si magique. L’enchantement ne se commande pas.

Helen Faradji

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