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ALL ABOUT EVE - Critique d'Helen Faradji

2008-04-10

UNE STAR EST MORTE

    Le 5 avril prochain, elle aurait eu 100 ans. Jamais à court d’idées pour tirer le maximum de son patrimoine-vache à lait, la Fox réédite un coffret consacré à la grande Bette Davis et regroupant The Nanny (Seth Holt, 1965), Virgin Queen (Henry Koster, 1955, pour la première fois en dvd), Phone Call from a Stranger (Jean Negulesco, 1952), Hush…Hush Sweet Charlotte (Robert Aldrich, 1954) et All About Eve (Francis L. Mankiewicz, 1950). Et comment ne pas avoir envie de s’arrêter un instant sur ce dernier, un petit bonheur de comédie dramatique acerbe qui nous rappelle pourquoi l’on parle d’un âge d’or hollywoodien.

    Dans All About Eve, l’actrice aux deux oscars (pour Jezebel de William Wyler en 1939 et Dangerous d’Alfred E. Green) en 1936) et aux 9 nominations est Margo Channing, une comédienne vieillissante, alcoolique et tyrannique, un rôle qu’elle portera d’ailleurs à un point de perfection démoniaque et halluciné 12 ans plus tard dans le magistral What Ever Happened to Baby Jane de Robert Aldrich. Margo, elle, n’a pas encore perdu le contrôle. Elle est plutôt, comme Gloria Swanson dans le Sunset Blvd de Billy Wilder sorti la même année, de ces actrices qui se sont brûlé les ailes au contact de leur propre célébrité. Trop gâtée, blasée, capricieuse, elle garde néanmoins de son statut un rayonnement flamboyant au contact duquel la jeune oie blanche Eve Harrington (Anne Baxter, aussi douée à jouer l’ingénue que la manipulatrice) ne demande qu’à se brûler les yeux. Flattée, Margo la laissera bien évidemment s’approcher. Mais qui pouvait se douter que sous la fan se cachait une vampire?

    La fable est cruelle, morale même. Mais Mankiewicz y transcende néanmoins le simple règlement de comptes avec le star-system et ses bassesses pour y déployer toute la sophistication de son écriture. Dialogues ciselés sans jamais paraître faux, observation psychologique d’une finesse remarquable et sans préciosité, modernité absolue du constat, mise en scène sobre et précise : tout y participe d’une élégance et d’un raffinement délectables. La rencontre entre un réalisateur et son actrice voulue par les dieux (Claudette Colbert aurait du jouer le rôle de Margo mais fut remplacée à la dernière minute par Davis) tient alors du miracle.

    Un miracle qui valu à Bette Davis le prix d’interprétation du festival de Cannes, un prix spécial du jury à Mankiewicz ainsi que 6 oscars (dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur) et qui dépasse de loin la déjà belle catégorie de classique du cinéma. Au delà de sa place plus que méritée dans l’histoire, All About Eve exemplifie tout simplement pourquoi le cinéma est immortel.

Helen Faradji

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