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LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON - Critique de Gilles Marsolais

2008-05-01

LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON DE JULIAN SCHNABEL

    Le scaphandre et le papillon s’inspire du récit autobiographique du journaliste Jean-Dominique Beauby qui, devenu complètement paralysé à la suite d’un accident cardiovasculaire, en fut réduit à communiquer avec sa seule paupière gauche. Julian  Schnabel (Before Night Falls), qui est aussi peintre, a tenu à relever ce double défi : rendre compte de ce drame humain et de la part de création qu’il implique dans ce livre-témoignage dont le film est l’adaptation.

    Se posait dès lors la question : comment donner vie à un récit dont le personnage principal est rivé à un lit d’hôpital ou à un fauteuil et qui dicte chaque lettre de son manuscrit par un clignement de paupière ? Par ailleurs, on comprend que la qualité de vie et le pouvoir de communiquer du personnage ne tiennent plus qu’à la qualité de son regard sur le monde, regard forcément renouvelé conditionnant aussi bien sa mémoire que son imaginaire qui lui sert de refuge et dans lequel il retrouve miraculeusement l’usage de ses membres.

    Julian Schnabel qui, par souci d’authenticité, a tenu à tourner ce film en France avec des acteurs francophones, dont Marie-Josée Croze en orthophoniste dévouée et Emmanuelle Seigner qui illuminent l’univers de Mathieu Amalric, correct sans plus dans ce rôle de composition ingrat, s’efforce à traduire en images cet univers dans lequel le regard devient la voix et qui en apparence relève d’un autre mode de pensée. Mais, au moyen de divers procédés visant à restituer l’équivalent sensoriel de la maladie par le recours à la vision subjective et la trituration du support vidéo, ou à illustrer le passé et l’imaginaire du tétraplégique par la multiplication des flash-back, Julian Schnabel finit par se prendre au piège de la joliesse qui contraste avec la gravité de son sujet. Du coup, il laisse peu de place aux personnages qui ne sont qu’esquissés. Gratifié du Prix de la mise en scène à Cannes, ce film qui n’est pas dépourvu d’humour ménage néanmoins quelques moments d’émotion intense, comme la réaction de l’orthophoniste au désir de mourir de son patient ou le coup de téléphone du père à son fils, mais il ne peut faire oublier l’œuvre puissante et rigoureuse d’Alejandro Amenabar, La mer intérieure (2004), portant sur un sujet analogue, qui abordait la question du suicide assisté.

Gilles Marsolais

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