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CEUX QUI RESTENT - Critique d'Helen Faradji

2008-05-29

LES HISTOIRES D'A.

    Ceux qui restent. Ceux qui sont à côté, qui accompagnent, qui souffrent par procuration. Ceux qui rentrent à la maison quand leurs conjoints restent alités dans une chambre d'hôpital impersonnelle. C'est eux que la comédienne Anne Le Ny (vue notamment dans Se Souvenir des belles choses d'Isabelle Breitman) a décidé de regarder pour sa première réalisation, un film juste et touchant, sensible et généreux.

    Devant un tel sujet, si dangereux, si profondément émotif, on pouvait pourtant craindre le pire. Et c'est entre autres pourquoi Ceux qui restent plaît tant. Parce qu'il évite avec adresse tout apitoiement. Parce qu'il regarde devant lui, avec pudeur mais sans faux-semblants non plus. Parce qu'on y parle avec une sincérité parfois déconcertante de colère, de culpabilité, d'amour sans pourtant ne jamais laisser ces sentiments nous submerger.

    Pour réussir le tour de force, Anne Le Ny avait besoin de deux grands acteurs. C'était indispensable. Et comme leur chimie avait déjà illuminé La Moustache, d'Emmanuel Carrère, la cinéaste a eu la bonne idée de confier les rôles de Bertrand et Lorraine à Vincent Lindon et Emmanuelle Devos. L'un presque résigné après 5 ans de visites à sa femme hospitalisée, l'autre se débattant encore pour garder un semblant de normalité dans sa vie après l'annonce de la maladie de son conjoint. Dans les couloirs, ils se croisent, s'apprivoisent au détour de phrases simples et touchantes (« je ne pensais pas pouvoir rire aujourd'hui ») ou partagent un café tandis que la grâce et la légèreté des deux acteurs viennent remplir les blancs de tous les non-dits.

    En se créant une bulle à deux pour supporter l'intenable, en s'offrant l'un à l'autre une armure pour supporter l'inacceptable, ils vivent enfin et s'extraient du quotidien trop lourd. La réalisatrice l'a bien compris d'ailleurs : son film ne pouvait être ailleurs que dans leur relation, exclusive et nourrissante. Avec délicatesse mais aussi puissance, elle ne filme qu'eux, stylisant l'absence des conjoints par quelques cadrages bien choisis, par quelques effets de montage sentis. Le résultat est simple et impressionnant pour un premier film. Car malgré quelques longueurs, Ceux qui restent est un film honnête. Une qualité qu'on souhaite plus que tout voir sa réalisatrice conserver.

Helen Faradji

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