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MUTO - Critique de Marcel Jean

2008-05-27

LES MURS BOUGENT

     Il s'appelle Blu. C'est un Italien, peintre muraliste, dessinateur et réalisateur de films d'animation d'un genre très particulier. Encore pratiquement inconnu dans le milieu du cinéma, Blu jouit pourtant d'une certaine réputation dans le milieu des arts visuels, ayant même été l'un des six « street artists » à qui la Tate Gallery de Londres a confié la tâche de peindre ses murs extérieurs.

    Blu a terminé récemment un nouveau film intitulé Muto. On peut le voir sur le site Internet de l'artiste (à l'adresse www.blublu.org). Peint sur des murs à Buenos Aires, en Argentine, et à Baden, en Suisse, le film nous fait osciller entre l'angoisse et le ravissement. Bien sûr, l'aspect performatif impressionne : peindre un film comme ça, en grand format, sur des murs extérieurs, voilà une démarche à la fois périlleuse, sportive et complexe. Mais cela ne serait pas la peine d'en parler si le résultat se résumait à l'étalage d'un savoir-faire. Si on y revient, c'est donc qu'on y trouve davantage. Quoi? Un monde. Un univers de mutants, une sorte de jungle cyber-punk qui vient hanter nos rues, qui squatte des paysages familiers. Une humanité qui semble devoir sa survie à son union avec les bêtes autant qu'avec les machines. En somme, quelque chose d'inquiétant, un cauchemar urbain. L'adéquation entre la technique (le graffiti) et le propos (cet écosystème grouillant qui parasite la ville) s'établit autour de la notion de clandestinité.

    Sur la piste sonore, une composition d'Andrea Martignoni – percussionniste connu à Montréal  notamment pour son « film sonore » intitulé À chacun son dépanneur – qui souligne habilement la singularité du travail de Blu. À signaler que le site Internet de Blu est riche de plusieurs dessins et graffitis et qu'on peut y trouver les autres films d'animation de l'artiste. Parmi ceux là, signalons tout spécialement deux graffitis animés, Letter A et Walking, ainsi que Fino, dessin animé de facture plus classique dans lequel dans lequel on distingue néanmoins la profonde originalité du travail du cinéaste. Une découverte.

Marcel Jean

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