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LE CÈDRE PENCHÉ - Critique d'André Roy

2008-06-12

LE CÈDRE PENCHÉ DE RAFAËL OUELLET

    Le film a presque fait le tour du monde, ayant déjà été présenté aux festivals de Mannheim ou Shanghai, par exemple. Mais aussi, l’année dernière, aux Rendez-vous du cinéma québécois où il récoltait le prix du public, et à Toronto. Il a failli ne pas être présenté commercialement à Montréal et au Québec à cause d’un différend avec l’Union des artistes, différend enfin réglé. Le public pourra donc voir Le cèdre penché, de Rafaël Ouellet, qui a été tourné hors des sentiers battus de la production (pas de Sodec ni de Téléfilm là-dedans), donc sans un sou. Il sortira convaincu qu’un film peut être produit si on a foi dans le cinéma. Il y remarquera également une parenté certaine avec des films tournés avec peu de moyens, comme ceux de Denis Côté (Les états nordiques, Nos vies privées), qui est lui-même devenu producteur de ce film fort sympathique. Il y constatera aussi, comme pour beaucoup de jeunes auteurs, que Montréal n’est plus le centre de l’inspiration cinématographique québécoise.

    Rafaël Ouellet, qui est à la fois le réalisateur, le scénariste et le directeur photo,  s’est rendu à Dégelis, dans le Bas-du-Fleuve, pour tenter de savoir ce que deux jeunes sœurs, Brigitte et Candide, pouvaient vivre après la mort de leur mère et comment elles pouvaient se débrouiller avec le travail du deuil. Un travail sur soi, auquel la caméra donne toute la force de l’intimité, sans pourtant tomber dans la claustrophobie où auraient pu l’entraîner ses plans rapprochés, ses jeux constants de focales et les nombreux intérieurs. Une caméra à l’épaule suit constamment les deux jeunes filles, les scrute comme pour chercher la vérité de leur âme; proche de leurs corps, elle se fait très physique, entre impatience et contemplation. À la fin, les deux sœurs décident d’interpréter une chanson de leur mère et signent par là leur apprivoisement du deuil.

    Comme encore chez d’autres auteurs de sa génération — mais ce qui n’est pas sans rappeler les premiers films de fiction québécois des années 1960, tournés sans budget réel et en secret —,  le réalisateur a laissé une large part à l’improvisation, ce qui a influencé  la structure de son film, quelquefois un peu lâche et qui déséquilibre la continuité des scènes. Mais la méthode offre toutefois une approche sensible, sans afféterie ni lourdeur, des chutes et des élans affectifs de Brigitte et Candide. La mise en scène tablant plus sur la spontanéité que sur la rigueur devient fugacement poétique dans la recherche du moment de vérité, comme avec ces plans successifs des visages concentrés de motocyclistes pendant que les deux sœurs discutent de la contrariété de leurs amours. L’œuvre, qui est à la fois documentaire et expérimentale, possède cette qualité de bienveillance qui lui permet d’accepter imprévus et temps morts, qui viendront ainsi participer de l’exploration des sentiments d’une jeunesse actuelle. Sans oublier la musique (chansons et bande musicale), qui permet aussi que l’émotion ait lieu.

André Roy

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