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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

C'EST LA FÊTE

2008-07-10

C’EST LA FÊTE

    Par les hasards de ce beau calendrier estival, qui fait décidemment bien les choses quand on lui demande gentiment, c’est en France que nous posions nos pénates la semaine dernière alors même que battait son plein la Fête du cinéma. La Fête du cinéma? Qu’est-ce à dire, demandrez-vous encore à la joie de nous retrouver cette semaine mais néanmoins perplexe? Une bien belle histoire, nous répondrons-vous.

    Créée en 1985 par la Fédération Nationale du Cinéma, le Ministère de la Culture et les professionnels de la profession, la Fête en question dure en général trois jours et permet, à l’achat d’une place de cinéma, de recevoir un passeport, lequel permet l’entrée à toutes les séances suivantes, pour tous les films (même les nouveautés), dans n’importe quelle salle, pour un maigre 2 euros. Un peu sur le principe du buffet chinois à volonté, en meilleur, donc.

    Chaque année, une bande-annonce est produite, des portes-parole rameutés (cette année sous la présidence d’honneur de Claude Lelouch, on pouvait ainsi voir Carole Bouquet, Hafsia Herzi, Julien Boisselier ou Hyppolite Girardot venir faire la parade de circonstance dans tous les médias) et un site très fonctionnel mis à jour. Bref, chaque année, le boulimique cinéphage et le quidam trouvant légitimement que le prix d’une place de cinéma est parfois exubérant se retrouvent donc main dans la main pour célébrer allégrement leur simple envie de voir des films, de découvrir ce qu’ils n’auraient peut-être pas songé à aller voir « en temps normal ».

    Les cris de protestation viennent alors en tête assez vite : pourquoi pas nous? Pourquoi n’y avons nous pas droit? C’est du favoritisme! Calmons tout de suite  nos grands chevaux. Car la bonne idée semble avoir fait des petits. C’est en tout cas ce qu’une petite visite sur le site du Cinéma Le Clap à Québec, laisse découvrir. Appelée elle aussi la Fête du cinéma (les chiens ne font pas des chats), la célébration se tiendra ainsi du 21 au 23 juillet et permettra donc de découvrir tous les films de la programmation pour 3 dollars après l’achat d’une première place au prix régulier. C’est un excellent début que nous applaudirions de nos 4 mains si nous en avions autant. Mais sans vouloir être rabat-joie, ce n’est qu’une salle. Une seule salle à travers tout le territoire du Québec. Normal, donc d’appeler de nos vœux les plus chers et les plus pieux un développement très concret et très rapide de cet effort.

    Car à l’heure où les salles se dépeuplent allégrement, à l’heure où aucune émission de cinéma digne de ce nom n’a droit de cité à la télévision (hors câble) ou à la radio, à l’heure encore où les séries télé grignotent à toute vitesse la place du divertissement, peut-être serait-il temps d’enfin prendre le cinéma au sérieux. Peut-être serait-il temps de se doter au niveau provincial, d’une réelle politique de promotion du cinéma qui ne s’adresserait pas qu’à une poignée d’élus triés sur le volet, mais à tous. Le public est là, il aime le cinéma et l’a prouvé à de nombreuses reprises. Il serait donc temps que lui aussi ait sa place dans l’élaboration des différentes stratégies institutionnelles et qu’on ne le considère plus uniquement comme une panse à remplir de pop corn où un porte-monnaie sur pattes. Et tiens, on pourrait même appeler ça La grande séduction.

Bon cinéma!

Helen Faradji

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