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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

FARO, MON AMOUR

2008-07-17

FARO MON AMOUR

    Alors que les médias s’entichent de la nouvelle de la naissance des nouveaux jumeaux Brangelina, comme s’ils en étaient eux-mêmes les fiers géniteurs, une autre nouvelle, beaucoup plus discrète celle-là mais d’une importance sans commune mesure, s’est tout de même frayée jusque nous.
Parue dans The Guardian, sans tambour ni trompette, cette dernière nous apprenait en effet l’étrange cas fait de la maison d’Ingmar Bergman, perdue depuis plus de 40 ans sur la mythique petite île de Fårö. Fårö, ses brumes, ses tempêtes et ses forêts qui servirent de décors à Persona ou à Scènes de la vie conjuguale. Fårö, ce nom que tous les cinéphiles du monde connaissent maintenant par cœur.

    Mais voilà qu’un rififi juridique vient troubler la douce quiétude de Fårö. La maison du grand homme qu’elle abrite devrait en effet être vendue aux enchères dès l’année prochaine (chez Christie’s tout de même), selon les vœux du cher réalisateur qu’il consignait dans son testament il y a plus de 30 ans. À moins que de généreux donateurs ne se manifestent rapidement pour racheter la maison et y installer un musée ou un centre culturel pour artistes.
 
    Le problème de cette vente aux enchères planifiée est assez simple : l’heureux et futur propriétaire n’achèterait pas que 4 murs, mais également tout ce qu’ils renferment, tous les bouts de films et de pièces que Bergman y gardait. À part les scénarii, dors et déjà donnés aux archives suédoises pour préservation il y a de cela un certain temps, imaginez le magot. Imaginez de quoi l’on pourrait être privé si par malheur, tout cela atterrissait entre de mauvaises mains…

    Heureusement, une femme veille. Jannike Åhlund, critique, auteure, ancienne directrice du festival de Göteborg, lauréate du prix Ingmar Bergman (tiens, tiens) et directrice de la Semaine Bergman à Fårö, une célébration en théâtre et en cinéma de l’esprit du maître, une femme dont on vous recommande donc vivement la fréquentation, s’est en effet lancé en croisade pour aider la petite maison à se reconvertir en centre d’artiste tout en donnant à une école abandonnée non loin de là le rôle de musée dédié à Bergman.

    Mais si certains des 8 enfants du maître soutiennent son projet, la ministre de la Culture suédoise, elle, a affirmé avoir bien d’autres chats à fouetter que la préservation de maisons, fussent-elles celle d’Ingmar Bergman. Si certaines de nos politiques culturelles résonnent du bruit d’ongles sur un tableau noir à nos oreilles, imaginez l’état du conduit auditif des cinéphiles suédois.

    Mme Åhlund peut-être contactée via le site de la Semaine Bergman pour toute manifestation d’appui, ou toute offre de dons généreuse et conséquente (les lecteurs de 24IMAG nous surprendront peut-être!). En attendant, nous ne pouvons que l’assurer de notre soutien sans faille et inconditionnel. Tout en prônant fermement la constitution et la préservation d’un patrimoine cinématographique mondial. Car après tout, la sève des films ne fait pas que palpiter sur pellicule. Elle est partout. Et il nous appartient aussi d’en prendre soin.

Bon cinéma

Helen Faradji

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