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THE DARK KNIGHT - Critique de Bruno Dequen

2008-07-24

THE KILLING JOKE(S)

    Batman aborde une phase décisive de sa guerre au crime. Avec l'aide du lieutenant de police Jim Gordon et du procureur Harvey Dent, Batman entreprend de démanteler les dernières organisations criminelles qui infestent les rues de sa ville. L'association s'avère efficace, mais le trio se heurte bientôt à un nouveau génie du crime qui répand la terreur et le chaos dans Gotham : le Joker...
 
    Cette fois, on ne rigole plus.  Vingt ans jour pour jour après la publication de The Killing Joke, la bande dessinée d’Alan Moore et Brian Bolland (une source d’inspiration majeure et l’une des meilleures tentatives de complexification de l’univers du justicier masqué) et trois ans après Batman Begins, un premier opus imparfait mais prometteur, Christopher Nolan réussit son pari et nous entraîne dans une spirale de violence étrangement familière.

    Jeunes enfants s’abstenir, The Dark Knight est à l’image du Joker magnifiquement interprété par feu Heath Ledger : violent, intense, paradoxal, illogique, un peu répétitif et d’une intelligence rare.  À lui tout seul, ce nouveau Batman marque en outre le grand retour (très provisoire?) d’un genre qu’on pensait à jamais disparu : le blockbuster intelligent pour adultes.

    En effet, au-delà de son accumulation de séquences pyrotechniques obligatoires et peu originales, c’est à une véritable réflexion sur les fondements éthiques et moraux de notre utilisation de la violence et de la justice que le film de Nolan nous convie.  Car le Joker n’est pas ici qu’un simple sociopathe.  C’est un nihiliste manipulateur dont le seul objectif est de remettre en question l’illusion de rationalité qui fonde notre société.  Tout comme chez Moore, le Joker accumule les plans machiavéliques visant à faire exploser les certitudes morales des différents personnages et des spectateurs.  Homme sans identité et sans passé, le Joker est une énigme paradoxale que personne ne peut résoudre ou expliquer. 

    Mais le film va plus loin, puisque cette puissance chaotique est représentée comme la seule réponse possible du monde criminel au comportement toujours plus ingérant de Batman.  L’utilisation contestable de la violence de la part du justicier américain permet ainsi au Joker d’acquérir le soutien nécessaire à des actions d’envergure dont la répétition sans fin souligne l’inefficacité de l’idée de justice incarnée par notre super/anti-héros.  Il en sera réduit, pour le bien de tous, à mentir et à opérer dans la clandestinité.  Contrairement à ce qu’annonce Harvey Dent au début du film, il n’y a peut-être pas de lumière au bout du tunnel…

Bruno Dequen
 

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