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TOUT EST PARFAIT - Critique d'Helen Faradji.

2008-08-21

ON EST SÉRIEUX QUAND ON A 17 ANS

    Josh a 17 ans. Il vit dans une banlieue laide et anonyme, comme il en existe des milliers. Josh est un outsider mais avec ses 4 amis, il a créé un cocon. Où on peut traîner en fumant du pot et en bavassant de l’effet de la lumière sur les papillons. Où on peut faire du skate ou peindre des cyclopes sur des murs délabrés, juste parce que c’est cool. Où on peut se construire un univers sur lequel personne d’autre n’aura d’emprise. Josh et ses amis n’ont pas vraiment d’avenir, mais ça n’a pas d’importance. Jusqu’à ce matin où Josh découvre le corps sans vie d’un de ses amis, avant que l’on nous balance au visage la mort des 3 autres. Par suicide. Mais ça, Josh le savait déjà.

    C’est par cette « découverte » que débute Tout est parfait, premier long d’Yves-Christian Fournier, scénarisé par Guillaume Vigneault. Sujet délicat, s’il en est. Le suicide adolescent : comment la société peut-elle y réagir? Y’a-t-il vraiment quelque chose à faire? Le film choisit l’option intelligente : regarder sans juger, observer sans souligner ce qu’il y a à en penser, scruter par touches impressionnistes sans s’alourdir de discours sociologiques et bien pensants. Non, Tout est parfait dit tout simplement l’impuissance. Ce n’est pas gai. Mais c’est lucide. Et surtout, c’est admirable et courageux.

    C’est que Fournier connaît sa sainte trinité de l’adolescence au cinéma (Gus Van Sant-Sofia Coppola-Larry Clark) sur le bout des doigts. Les évidences n’ont pas leur place dans son film, remplacées par de beaux non-dits mis en valeur par des flash-backs fluides, des profondeurs de champ prenantes, des cadrages subtils. L’ambiance est là, la banlieue industrielle comme mouroir, les ados qui marmonnent et habitent l’espace de leurs corps lourds et maladroits (Maxime Dumontier en tête, impressionnant de charisme buté), les parents désemparés qui ne savent que faire de ces suicides en série (Normand D’Amour, en particulier, est bouleversant). La pudeur et la retenue sont là aussi, charriées par l’admirable travail d’écriture de Vigneault. On savait déjà que le garçon pouvait écrire. On découvre qu’il sait aussi écrire pour le cinéma.

    Mais si les ombres des 3 grands planent sur Tout est parfait, elles n’empèsent rien. Elles sont là comme de bienveillants fantômes que le film écoute tout en construisant sa propre personnalité, son propre ton. Le paysage, les dialogues, la direction d’acteurs, tout dit un regard personnel et brillant, une vision de ce que peut et doit le cinéma. Alors, rien que pour ça, on fermera les yeux sur les choix musicaux qui déséquilibrent l’harmonie du tout, sur les quelques personnages secondaires inutiles, sur les effets sonores pompeux ou sur ce dernier plan au ralenti de 45 minutes absolument affreux. On oubliera parce que cela faisait longtemps qu’un film québécois ne nous avait pas autant fait confiance et n’avait pas été aussi audacieux.

Helen Faradji

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