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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

DOUCHE FROIDE

2008-08-21

DOUCHE FROIDE

    Les retours de vacances sont toujours de drôles de moments. L’esprit vagabonde encore, au gré de ses envies, de ses fantaisies. Les doigts de pied n’acceptent qu’à contrecœur d’abandonner leur forme quasi fossilisée d’éventail.  Et doucement, la réalité revient pointer le bout de son nez. On lit ces journaux, négligés pendant deux semaines, on reprend tranquillement le pouls de la ville, on se remet dans le bain.

    Et quel bain. À peine arrivés, la nouvelle nous sautait aux yeux. Partout, des coups de gueules (à ce sujet, on souligne avec admiration l’excellente récolte opérée sur le blogue de Kevin Laforest, sur le site du Voir, ayant laissé la parole à Robin Aubert, Philippe Falardeau, Kim Nguyen, Carlos Ferrand ou Yves Christian Fournier), des appels à la révolte, des « non mais, qu’est-ce que c’est encore que cette histoire ?»

    Cette histoire, c’est effectivement encore la même. Encore des coupes drastiques dans le budget de la culture. Encore des herbes coupées sous le pied des artisans d’une société en santé. Encore des embûches sur un parcours déjà complexe. C’est toujours aussi enrageant, mais c’est presque devenu banal. Pourquoi mettre des sous dans la culture, puisqu’elle ne sert à rien ? Voyons, voyons, tout ceci n’est pas rentable, semblent nous dire nos dirigeants du haut de leur perchoir. La rengaine, tellement entendue, s’est rouillée.

    Pourtant, comme sur un vieux mange-disques, nous ne pouvons nous empêcher de remettre notre sillon. La culture, c’est à la fois le monde regardé et le monde qui nous regarde. La culture, c’est l’oxygène qu’on respire sans même s’en rendre compte. La culture, c’est ce qui nous fait aussi battre le cœur. C’est vital, c’est sain. En un mot comme en cent, c'est foutrement important.

    Comment expliquer alors ces nouvelles mesures ayant conduit le gouvernement fédéral et son émissaire Josée Verner la ministre du Patrimoine canadien à annoncer l’annulation de pas moins de 7 programmes ayant fait leurs preuves (le Programme national de formation dans le secteur du film et de la vidéo, le Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias, le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants, le Programme du long métrage (volets éducation et accès), le Programme de souvenirs de musique, Routes commerciales et PromArt, ces deux derniers axés plus particulièrement sur le rayonnement culturel canadien à l’étranger en soutenant ses représentants)? Par une importance trop marquée des coûts administratifs ou une rentabilité trop peu marquée, nous a-t-on expliqué, sans même rire, ne serait-ce qu’un petit peu.

    Alors que faire, à part dire et redire notre colère? Comment faire entendre raison à un gouvernement pour qui la culture semble n’être que la 18ème roue du carrosse? Difficile à dire. Bien sûr, il faut sans relâche continuer à refuser, à s’exclamer, à s’outrer. Mais comme un prisonnier, on peut aussi, dors et déjà, commencer à rayer sur notre joli calendrier chaque jour qui nous sépare des prochaines élections.
     
    Sur un autre sujet, moins rageant, mais tout aussi triste, on apprenait cette semaine la mort du professeur, peintre et grand critique américain Manny Farber né en 1917. Le souvenir de celui qui avait commencé à écrire dans le New Republic lors de la seconde guerre mondiale et avait défendu et fait découvrir aux Etats-Unis des cinéastes comme Fassbinder et Akerman est admirablement ravivé par un de ses plus fervents admirateurs, Jim Hoberman, du Village Voice. À lire ici, sans plus attendre, tout comme cette entrevue de Paul Scharder
 

Sur ce, le FFM commence (à suivre sur notre blogue quotidien toute la semaine) et le devoir nous appelle.

Bon cinéma

Helen Faradji
 

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