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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

LE COMBAT CONTINUE

2008-08-28

LE COMBAT CONTINUE

   À croire que les Dieux étaient au rendez-vous. C’était sous un soleil doux et chaud que s’est tenue hier mercredi la première manifestation contre les coupures dans le budget de la culture annoncées par le gouvernement Harper il y a quelques semaines. À se fier Vincent Graton qui animait l’événement, à la Société des Arts Technologiques, pour le compte de Culture Montréal, il y en aura d’autres. À Québec notamment, le 3 septembre. À vos agendas.

   Guylaine Tremblay, Marie Tiffo, Serge Giguère, Denise Robert (venue rappeler au micro qu’on est en droit de se questionner sur la sincérité d’un gouvernement qui reconnaît l’existence d’une Nation Québécoise mais coupe en son cœur même, sa culture – et vlan, dans les dents), Denis Côté, Denis Chouinard, les représentants des Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal ou du Festival du Nouveau Cinéma, etc, etc, etc…parmi les autres arts, le cinéma était lui aussi bien représenté. Car l’enjeu est de taille, inutile de faire l’autruche. Sans ces subventions et ces aides que le gouvernement désire ratiboiser, comment ces artistes et organisateurs peuvent-ils fonctionner? Concrètement, comment peuvent-ils trouver des sources de revenus autonomes et espérer ainsi compenser le manque à gagner? En grattant les fonds de tiroir et en fouillant leurs poches? Mais ils le font déjà.

   Et pas la peine de sortir la vieille complainte des caprices d’artistes déjà choyés qui réagissent comme des enfants gâtés. Mme Verner, M. Harper, avez-vous déjà observé comment ces artistes vivent? Avez-vous vraiment besoin que l’on vous explique à quel point il est difficile aujourd’hui de monter un film qui ne corresponde pas aux critères déjà iniques d’attribution de subventions? Voulez-vous réellement que l’on vous prenne par la main pour vous faire lire les budgets de fonctionnement de nos festivals et de nos artistes?

   Et cette idée de parcours de la flamme olympique, où l’avez-vous dénichée? Loin de nous l’idée de discréditer l’importance des Jeux Olympiques, mais honnêtement, balancer cette excuse au visage des artistes, c’était ajouter l’insulte à l’injure. Faudrait-il comme le suggérait avec beaucoup de pertinence Pascal Assathiany, directeur général des Éditions du Boréal, organiser un parcours de la flamme jusqu’à Ottawa pour que vous réagissiez?

   La manifestation d’hier a montré que personne n’était dupe. Avec une belle solidarité (plus calculée chez certains que chez d’autres, comme en témoignait la présence de Gilles Duceppe, parmi les premiers arrivés sur les lieux), les artistes, toutes disciplines confondues, ont montré leur détermination. Et croyez-nous, elle ne diminuera pas. L’envie de changement était palpable. L’espoir, l’inventivité, la combativité, aussi. Mais bien sûr, tout ça, vous ne le saurez qu’à peine. Vous n’étiez pas là.

   L’envie de conclure cette chronique ici est grande. Mais elle ne serait qu’à demi-honnête si elle n’abordait pas maintenant le sujet qui fâche. La manifestation était enthousiasmante, c’est vrai. Mais Lorraine Pintal, dernière intervenante au micro, a tout de même, sans le vouloir, soulevé un point d’interrogation. Une des meilleures façons de faire changer les choses et de refuser cet état de fait désastreux est de voter contre les conservateurs aux prochaines élections fédérales, a-t-elle rappelé. Certes, c’est encore comme ça que la démocratie fonctionne le mieux. Mais, et Mme Pintal, a eu l’honnêteté de le soulever, les artistes et affiliés sont loin d’être les seuls à voter. Il faut, comme elle le disait, que les citoyens prennent aussi la route avec eux. Car ne nous leurrons pas, un artiste acquis à la cause conservatrice, c’est un oxymoron, ça ne se peut que dans les films. Pour que cette manifestation, et ses petites sœurs, servent vraiment à quelque chose, il faut donc maintenant qu’elle déborde le cercle des initiés et que ses emportements trouvent une façon de contaminer les non-convaincus. Pour ça, peu de solutions, sauf celle d’ouvrir encore et encore nos pages aux artistes, de leur laisser accès à nos médias, de les laisser, plus que d’habitude, jouir de ce sacro-saint droit à l’expression. Et là, la démocratie aura peut-être finalement une chance de marcher.

Bon cinéma (tant qu'il en reste)!

Helen Faradji

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