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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

PAROLES, PAROLES

2008-09-04

PAROLES, PAROLES

    Décidemment, le web est une bien belle invention. Pour qui aime le cinéma, il déborde en effet de petits trucs en plus, de commentaires inédits, de paroles singulières. Et lorsque, comme cette semaine, les cinéastes eux-mêmes s’en servent pour partager avec nous leurs expériences, la béatitude est presque totale.

    Ainsi, le site de la BBC s’est amusé à recueillir les impressions de John Landis, réalisateur entre autres des Blues Brothers, sur son expérience de juré cette année à Venise, sous la présidence de son collègue Wim Wenders. Se rappelant de sa participation au jury de 1989 du même festival (« où les films étaient affreux et où tout le monde fumait dans les salles de projection! »), le cinéaste livre anecdotes et autres flashs du même acabit. À suivre en direct ou presque sur le site de la BBC pour tout savoir des coulisses d’un jury international. Avouez que de savoir que nos éminents jurés ont mangé des sushis juste après la projection de Ponyo on the Cliff by the Sea d’Hayao Miyazaki relève de la plus haute importance.

    Nettement plus intéressant est l’entrevue de fond menée par le site Moving Images avec le documentariste de 78 ans Frederick Wiseman. Sans actualité précise (que c’est reposant), le cinéaste y livre avec une intelligence remarquable sa vision de son métier, ses inspirations (Ionesco comme maître à monter!, Melville, Poe…), son processus de construction de ses films, sa carrière. C’est gratuit, absolument passionnant et à mettre sous les yeux de tout aspirant cinéaste.

    Quelque part entre les délires de Landis et le sérieux de Wiseman, le site du New York Times ouvrait ses pages virtuelles à Woody Allen. Résultat des courses, un carnet de tournage, mené du 2 janvier au 25 août où le cinéaste raconte avec sa verve habituelle le tournage et la sortie de son plus récent Vicky Cristina Barcelona (sur nos écrans le 19 septembre prochain). Au rang des perles : « Ai reçu une offre pour écrire et réaliser un film à Barcelone. Doit être prudent. L’Espagne est ensoleillée et ça me donne des taches de rousseurs ». « Ai filmé à La Sagrada Familia, le chef d’œuvre de Gaudi. Pensais que j’avais plusieurs points communs avec ce génial architecte espagnol. On brise tous les deux les conventions, lui avec ses créations à couper le souffle, moi en portant un bavoir à homards sous la douche ». « Tout va bien et même si l’idée de Javier d’ajouter une scène spectaculaire d’invasion d’extra-terrestres avec des centaines de figurants et des vaisseaux spatiaux n’est pas très bonne, je vais la tourner pour lui faire plaisir et la couper au montage ». « Les rushs sont brillants. Peut-être un peu tôt pour préparer une campagne pour les oscars. Mais prendre déjà quelques notes pour mon discours de remerciement me fera gagner du temps plus tard ». Si le film est aussi bon que le journal de bord, voilà qui nous promet de bien beaux moments à venir.

    C’est enfin sur un blogue et sur un ton beaucoup moins enjoué que Mathieu Kassovitz s’est lui aussi laissé aller le clavier. C’est en effet avec une hargne qu’on aimerait davantage le voir mettre dans ses films (mais qu’est-il arrivé au juste à l’auteur de La Haine et de Métisse pour qu'il dégringole si bas?) qu’il renie entièrement son dernier-né, Babylon A.D. adapté du roman de Maurice G. Dantec. « Pas une scène ne correspond à ma vision. Je suis très mécontent du film » note-t-il à propos de ce projet qui, on l’apprend, lui trottait dans la tête depuis plus de 5 ans. « Le film n’est plus que pure violence et stupidité. Il devrait nous apprendre que l’éducation de nos enfants est le futur de notre planète. Chaque scène d’action devait être motivé par un point de vue métaphysique (ndlr :!). À la place, ça ressemble à un mauvais épisode de 24 ». La faute à FOX qui selon le réalisateur aurait joué les troubles-fêtes en exigeant un droit de regard sur chaque micro-seconde du film. « Je suis prêt à partir en guerre contre eux, mais je n’y arriverai pas, ils s’en fichent complètement ». Si le réalisateur lui-même le dit…

Bon cinéma

Helen Faradji

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