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IRINA PALM - CRITIQUE D'HELEN FARADJI

2008-09-04

 LA (GRAND-)MAMAN ET LA PUTAIN

    Maggie a la cinquantaine rondouillette. Pauvre mais généreuse, elle décide de recourir aux grands moyens lorsque le besoin d’argent pour hospitaliser son petit-fils gravement malade se fait sentir. Mais pour une senior, comme on dit poliment, sans qualification, comment se débrouiller dans le Soho d’aujourd’hui? Un seul établissement lui ouvrira ses portes : le Sexy World, à la recherche d’hôtesses. Sous le nom d’Irina Palm, Maggie en deviendra même la véritable star.

    De cette prémisse, on pouvait craindre beaucoup. Le glauque, le sordide, le sensationnalisme pouvaient à tout moment venir pointer le bout de leurs nez. Pourtant, et c’est bien tout le sel de cet Irina Palm présenté en compétition officielle à Berlin en 2007, il n’en est rien. Car si sa mise en scène ne brille ni par sa sophistication, ni par son dynamisme, Sam Garbarski (Le tango des Rashevski) parvient néanmoins à réussir un impressionnant tour de force : maintenir son film dans un exact et cohérent équilibre entre un réalisme social à la Loach et un sens de la comédie tout british à la Full Monty.

    C’est dans cet entre-deux maîtrisé que cette coproduction européenne arrive alors à affirmer un ton singulier où tendresse et émotion parviennent à se déployer en toute délicatesse, sans jamais forcer la dose. Mais on ne saurait vanter les mérites de cet Irina Palm sans rendre grâce à ses deux véritables héros, ses deux acteurs. Miki Manojlovic, l’acteur fétiche de Kusturica (Papa est en voyage d’affaires, Underground, Chat noir, chat blanc) et Marianne Faithfull, incontestable icône des 60’s, s’y font en effet face, maintenant par leurs interprétations d’une précision et d’une justesse impeccables une ambiguïté constante, un intérêt sans faille. Dans un Londres sombre et déprimant, ils sont les deux étincelles de vie de ce film qui évite toute pudibonderie pour être tout simplement pudique. Au cinéma, ce n’est pas une mince qualité.

Helen Faradji

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