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IL Y A LONGTEMPS QUE JE T'AIME - critique de Rachel Haller

2008-09-11

AUTODAFÉ

    Le premier film de Philippe Claudel, Il y a longtemps que je t’aime, commence en grandes pompes.  Fumée de cigarette, aéroport et visage éteint. En quelques plans, tout y est. Juliette (magnifique Kristin Scott Thomas) vient de sortir de quinze ans de prison – on l’apprendra par la suite - et semble ne plus rien espérer. Son pendant solaire, sa sœur Léa (Elsa Zylberstein), surgit et lui ouvre les bras. Mais entre ses deux corps parents qui se serrent maladroitement existe une absence, un malaise silencieux. Qu’a-t-elle fait, elle, Juliette, pour passer tant d’années au trou?

    Dès lors, l’entourage se divise en deux clans, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Ou mieux, ceux qui acceptent et ceux qui n’acceptent pas. Mais pour tous ou presque, l’innommable doit rester innommé. Et c’est sur cette thèse que Philippe Claudel construit son film, d’abord fort habilement. Couleurs froides, gros plans et subtil jeu temporel, il explore le poids du secret et l’enfermement subséquent. Car se taire implique forcément le repli. Et le cloisonnement ne naît pas de la contrainte physique. Le grand-père muet s’exprime bien plus justement que le mari pétri de préjugés. Juliette, malgré ces années de réclusion, est un être profondément libre. Elle a choisi sa destinée au contraire de sa sœur, formatée par les diktats familiaux et sociaux. Le dit et le non-dit, le libre-arbitre et la soumission s’entrechoquent. Les étincelles permettent à certains de grandir, à d’autres de s’affirmer. Le spectateur, lui, ne partage pas la confidence et heureusement, tout l’intérêt réside dans ce secret assumé.

    Jusque-là, Il y a longtemps que je t’aime s’annonce comme une réussite. D’autant que Philippe Claudel, malgré son expérience d’écrivain  (il est notamment l’auteur et scénariste des Âmes grises), ne tombe pas dans les travers du scribouillard happé par les sirènes de l’image. Pas de déluge de voix-off ou de pages blanches noircies à mesure, son langage est d’emblée cinématographique et le reste. Quelle déception donc, lorsqu’il sape d’un revers de scénario toute cette belle construction. En toute mauvaise conscience. Car non seulement, il trahit au final le ressort de son film, le non-dit, mais en plus il cède dans un même mouvement au politiquement correct! Pour une fois, on ne saurait trop vous conseiller de quitter la salle avant la fin. Vous échapperez à un autodafé et ne dégusterez que le meilleur.

Rachel Haller

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