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Premiers plans - un billet d'Helen Faradji

À QUOI SERVENT LES FESTIVALS?

2008-09-11

À QUOI SERVENT LES FESTIVALS?

    « À quoi servent les festivals? ». C’est avec cette question pour le moins pertinente que le journaliste A.O. Scott ouvrait son article mardi dernier dans le New York Times. Pertinente, parce que dans le fond du fond, derrière tous ces « pourquoi y’en a-t-il autant » et « pourquoi devrions-nous nous soucier de leur financement » qui secouent régulièrement nos neurones nationaux, c’est bien elle qui nous taraude.

    C’est la question à 100 000$, celle à laquelle il n’existe pas, ou presque, de réponse, celle qu’on lance malicieusement entre le fromage et le dessert juste pour voir la soirée continuer jusqu’aux aurores. À quoi servent les festivals? Un esprit chafouin aurait bien vite fait de répondre « à rien », mais ce ne serait que taquinerie de sa part. Pourtant, on serait bien en mal de lui opposer une réponse définitive. À quoi servent les festivals…

    À voir les vedettes. C’est peut-être le plus bas dénominateur commun. À Berlin, Cannes, Venise, Toronto, les stars sont là et chaque année, la couverture médiatique de ces présences/absences empailletées prend encore un peu plus de place. Il faudrait donc en conclure, suivant le cher principe de nos médias adorés (« on parle de ce dont la populace veut entendre parler ») que là serait l’utilité des festivals. Déprimante perspective qu’on fera ici semblant de ne pas entendre, tête de cochons que nous sommes.

    À nous faire découvrir des films. Ah, la bien plus belle affaire. Les festivals attirent notre attention sur des films qui, autrement, seraient peut-être restés bien au chaud dans leur pays, sans rien demander à personne. Ils mettent l’accent sur de petites choses fragiles qui, sans eux, ne sauraient exister. L’hypothèse fonctionne. Du moins, de temps en temps. Lorsqu’une palme d’or est attribuée à 4 mois, 3 semaines et 2 jours, oui. Lorsqu’un lion d’or l’est à The Wrestler de Darren Aronofsky, peut-être un peu moins. Mais, c’est la dure loi des festivals : pour attirer médias et vedettes sus-nommés, leur programmation ne peut se contenter de surprises et autres films inconnus. Oh bien sûr, les vœux pieux sont nombreux en ce domaine, mais en toute honnêteté, qui serait assez patient pour y dénicher des perles? Qui s’y intéresserait? Qui voudrait remettre ses choix à la grâce du hasard ou d’un bon vieux pic pic et colegram. Le cas du Festival des Films du Monde, couvert de plus en plus mollement par des journalistes harassés par la somme de
« films-surprises » présentés par Losique et sa fine équipe répond bien à la question.

    À faire la fête, alors? À partager avec un public tout aussi fervent que nous l’ambiance un peu folle de ces quinzaines diverses et variées, à se sentir appartenir à une communauté un peu spéciale que la perspective de voir 5 films par jour au prix d’une santé mentale défaillante n’effraye même pas. L’idée est séduisante. Mais le cas de Cannes, ouvert uniquement aux professionnels détenteurs de la précieuse carte d’accréditation et donc anti-démocratique au possible, mais paradoxalement le plus populaire sur la planète, vient jouer le rôle de petit caillou dans la chaussure. L’exception qui confirme la règle? Probablement. Car si on peut expliquer l’excitation des cinéphiles à l’annonce des programmations des festivals, ou leur déception lorsque ceux-ci ne se tiennent pas près de chez eux, c’est bien par cette idée. Celle qui fait frémir à l’idée de pouvoir, ensemble, se plonger corps et âmes pendant plusieurs jours dans ce que la marmite cinéma contient de plus étonnant. L’idée de faire le plein, de discuter, de partager.
En théorie, c’est joli tout plein. Pourtant, rares (voire inexistants) sont les festivals qui laissent à leurs spectateurs l’occasion de se réunir ainsi. Rares sont les endroits prévus par les festivals pour laisser cette envie exister. Rares sont les rencontres entre cinéphiles.

    Dès l’introduction de son article, A. O. Scott reformulait sa question : non pas à quoi servent les festivals, mais à qui sont-ils destinés? Là est la clé. Il appartient maintenant aux festivals eux-mêmes de l’inscrire au crayon gras dans leurs agendas. Car après tout, sans nous, il n’y aurait même plus de question.

Bon cinéma

Helen Faradji

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